Leire Bilbao, Maite Mutuberria. Iruña: Pamiela, 2017. (En basque) âge: + 4 ans

Il était une fois une immense terre bleue, et sur cette terre, un petit point rouge. Il était une fois un hippopotame très costaud et sur son dos un minuscule petit oiseau. Mokotxiki le petit oiseau était heureux sur le dos de son ami, dans le monde bleu de son ami. Il avait tout ce dont il avait besoin : à manger, à boire, de quoi s’abriter... il ne manquait de rien. De plus, il mugissait comme l’hippopotame pour faire fuir les ennemis, et ces derniers étaient apeurés lorsqu’ils entendaient les mugissements des deux compagnons.

Un jour, le petit Mokotxiki poussa un mugissement devant d’autres hippopotames, et ceux-ci se mirent à se moquer de lui. A cette occasion, il s’aperçut que son hippopotame ne faisait pas grand cas de lui. Il n’était qu’un petit oiseau rouge, pratiquement sans voix. Il s’aperçut que ses mugissements ne valaient rien, qu’ils provoquaient le rire chez les hippopotames et la peur chez les oiseaux. Il n’y avait que sa propre voix intérieure et sa propre langue qui pouvaient lui permettre d’exprimer sa personnalité, fortement et fièrement. Ce faisant, il se libéra de la dépendance envers l’hippopotame et découvrit un monde coloré et emplis de langues différentes.
Cet album traite de la diglossie, la situation dans laquelle deux langues cohabitent sur un même territoire, l’une puissante, et l’autre non. Et pour que le message soit clair, la quatrième de couverture annonce : « Les petites langues agrandissent le monde. » Nous savons quelle importance cela a en Pays Basque. Mais le livre aborde d’autres thématiques également : le déséquilibre des pouvoirs, la dépendance, la confiance et la construction de la personnalité. Il montre comment nous sommes parfois les auteurs de nos propres aliénations, par goût de la facilité et par manque d’énergie. Sans aller aussi loin, l’ouvrage est une bonne base de réflexion philosophique avec les enfants, y compris les plus petits, les dessins étant extrêmement évocateurs. Simplement en regardant les illustrations, on peut comprendre beaucoup : la taille de l’oiseau augmente à mesure qu’il trouve sa propre voix, le monde change de couleur...

Un album riche et utile, parce que nous avons tous à trouver notre voix intérieure et que nous savons que chaque langue dessine un monde différent.

Elise Dilet - IKAS

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