Deux visions du monde

Zarrakamalda / Iñaki Martiarena. Txalaparta, 2016. (en basque)

Autobusa berriro bera gabe abiatu zen egunekoa / BéKa, Marko Armspach. Harriet2016.  (en basque)

Le jour où le bus est reparti sans elle/ BéKa, Marko Armspach. Bamboo 2015.  (en français)

Il y a parfois des lectures qui se percutent. C'est le cas de deux BD récemment sorties en basque: Zarrakamalda d'Iñaki Martiarena “Mattin” et Autobusa berriro bera gabe abiatu zen egunekoa, traduite du français et dont les dessins ont été réalisés par Marko. Elles se percutent par ce qui les rassemble et par ce qui les différencie... Reflets du caractère désenchanté de ce début de 21ème siècle, les deux ont pour personnage central un jeune vivant en ville, célibataire, déconnecté de la nature et cherchant un sens à sa vie. Là se terminent les ressemblances...

Avec Zarrakamalda, on rentre dans le monde sombre d'une ville du Pays basque sud écrasée par la crise. C'est l'hiver et il pleut. “Euskal Herriko tristura, soineko beltzen joskura, txori negartiz bete da...[1] Le héros, Lokatzak (lokatz=boue), est au chômage et accumule les déboires sentimentaux face à une gente féminine perçue comme inaccessible, incompréhensible et castratrice. Le dessin à gros traits en noir et blanc exprime parfaitement l'ambiance lourde et dépressive dans laquelle se débat le héros.

Son arme pour reprendre sa vie en main sera un outil de jardinage, une zarrakamalda, faucille à long manche qui permet de s'attaquer aux ronces. Avec cela, il transformera une friche urbaine en jardin et rompra sa solitude. Jusqu'à ce que la société le rattrape...

L'univers de « Le jour où le bus est reparti sans elle » écrit par le couple de dessinateurs français BéKa est tout à fait différent. Le graphisme précis et arrondi de Marko et la colorisation soignée de Maëla Cosson dessinent un monde lumineux et esthétique, même s'il paraît vide à Clémentine l'héroïne. Celle-ci est l'exemple type de la jeune Parisienne bobo qui sans avoir de raison objective, sait qu'elle passe à côté de sa vie. Éloge du lâcher-prise, le scénario se tisse autour de contes édifiants, de belles rencontres désintéressées, de repas raffinés dans des décors parfaits. Une feel-good[2] BD parfaite, face à l'uppercut déstabilisant et efficace de Zarrakamalda. Deux cultures, deux visions du monde, deux BD qui ne laissent pas indifférent...

Elise Dilet – Centre pédagogique Ikas

Où trouver ces ouvrages ?

Zarrakamalda

Autobusa berriro bera gabe abiatu zen egunekoa

[1]« Tristesse du Pays Basque, vêtu de noir, empli d'oiseaux en larmes. » Extrait du chant “Mendian gora haritza” d'Imanol

[2]Les feel-good movies sont une tendance dans le cinéma actuel : des films qui aident à se sentir bien, qui remontent le moral...

 

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