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Origine et ancienneté de la langue basque

Par le capitaine Perochegui

Origen, y antigüedad de la lengua bascongada, y de la nobleza de Cantabria. Sacada a luz por el capitain Don Juan de Perocheguy, Comissario Ordinario de la Artillera de España

En que se haze ver, que dicha Lengua fuè la primera, que se habló en el Mundo, y la misma que traxo Tuval à España, en el año 1800. De la Creacion, con la particularidad, de cómo, y por donde se introduxo para poblar esta Monarquia, y assi mismo se expressa como se introduxeron los Agotes en el Valle de Baztan, y en el Pais des Bascos, en el año de 506. Con otras curiosidades dignas de ser sábidas para todos los que son oriundos de dicha Lengua.

A que se le anaden otros dos partes, probando en ellas, de ser dicha Lengua la Estirpe, y origen de la Augustissima casa de Bourbon.

Se dedica al excelent señor Don Juan de Ydiaquez Conde de Salazar, Grande de España, &c.

 Origine et ancienneté de la langue basque et de la noblesse de Cantabrie. Mis en lumière par le capitaine Don Juan de Perocheguy, commissaire ordinaire de l’Artillerie d’Espagne

Dans lequel on montre, que la dite langue fut la première qui fût parlée dans le Monde, et la même que celle que Tubal apporta en Espagne en l’an 1800 après la création(1) avec la particularité de comment, et  par où il s’est introduit pour peupler cette monarchie, et de même comment s’introduisirent les cagots dans la vallée du Baztan, et dans le pays des Basques, en l’an 506. Avec d’autres curiosités dignes d’être connues de tous ceux qui sont natifs de cette langue.

Auquel on a ajouté deux parties, montrant de leur part l’ascendance et l’origine de l’augustissime maison des Bourbon.

Il est dédié à l’excellent seigneur Don Juan de Ydiaquez de Salazar, Grand d’Espagne, etc.

Euskararen eta Kantabriako nobleziaren Jatorri eta antzinatasunaDon Juan de Perocheguy kapitaina, eta Espainiako artilleriako komisario arruntak argitaratua

Zeinetan erakusten den,  aipatutako hizkuntza Munduan mintzatu den lehena izan den, eta Tubalek berak Espainiara 1800 urte Sorkuntzaren ondotik ekarriz zuen bera, Monarkia hau jendeztatzeko nola eta nondik sartu zen berezitasunarekin, eta berdin, nola Agotak Baztango ibarran sartu ziren, baita Euskaldunen herrian, 506. urtean. Beste bitxikeri batzuekin jatorriz hizkuntza horretarakoek direnek jakin behar lituzketenak.

Zeinei gehitu zaizkien bi parte Borboi etxe augustisimoaren jatorri eta etorkia erakusten dutena.

Don Juan  de Ydiaquez de Salazar, Espainiako Handi, eta abar jaun beraldikoari dedikatua

Les apologistes de la langue basque

Buste de Larramendi à Andoain – Source EAJ-PNV – CC by-sa

Dans les grandes périodes de l’histoire de la littérature basque, le début du 18e siècle est considéré comme celui des apologistes de la langue basque. Autour de Manuel de Larramendi (1690-1766), un mouvement se crée visant à prouver au monde la valeur de la langue basque. On y retrouve les premières tentatives d’explication de la grammaire basque (El impossible vencido, Larramendi, 1729), les premiers discours de politique linguistique (Lettre au Biltzar du Labourd, Joannes Etcheberri, 1718), ainsi que des argumentaires pouvant paraitre aujourd’hui moins rationnels mais qui correspondent à la vision scientifique de l’époque : des tentatives de démonstration de l’antériorité de la langue basque en appui sur l’étymologie et les récits bibliques.

Larramendi publie notamment De la antigüedad y universalidad del bascuence en España à Salamanque en 1728, une œuvre qui semble avoir largement influencé Perochegui.

Le capitaine Juan de Perochegui

Plan des fusils fabriqués à Placencia en 1753 – Source Sorapedia

Juan de Perochegui semble être natif d’Ainhoa, dans la province du Labourd, mais engagé comme militaire dans l’armée espagnole.  Il se présente sur ses ouvrages comme Capitaine Don Juan de Perocheguy, commissaire ordinaire de l’artillerie d’Espagne en 1731, puis comme colonel gradé Don Juan de Perocheguy, commissaire provincial d’artillerie et directeur de la manufacture royale d’armes  de la ville de Placencia de Guipuzcoa en 1750 et enfin comme le colonel Don Juan de Perochegui, lieutenant gouverneur provincial d’artillerie, et commandant d’artillerie du Royaume de Navarre en 1760.

Très attaché à sa carrière militaire, il publie un ouvrage militaire (Reflexiones curiosas, y notables, sobre la ciencia, y valor para la guerra) en 1752, mais sa grande passion reste  la langue basque. Il publie à Barcelone en 1731 la première version d’Origen y antigüedad de la lengua bascongada y de la Noblez de Cantabria, qu’il amendera et rééditera en 1738 dans une version enrichie, présentée aujourd’hui dans Bilketa. Origen de la nacion bascongada, y de su lengua publiée en 1760 est une troisième version du même texte, légèrement plus courte que la seconde.

Origen, y antigüedad de la lengua vascongada

Si dans les écrits des apologistes basques de ce début de 18e siècle, il est habituel de voir apparaitre l’émergence et le développement de l’esprit des Lumières et l’influence de Leibniz, Perochegui fait exception. Loin de l’esprit d’analyse de Joannes Etcheberri ou de la rigueur scientifique dont fait parfois preuve Larramendi, il semble prêt à tous les raccourcis intellectuels pour prouver ses dires.

Rappelons toutefois qu’à cette époque, l’hypothèse d’un peuplement de la péninsule ibérique par Tubal, fils de Japhet et petit-fils de Noë est soutenue par les historiens (Juan Martinez de Zaldibia, Suma de las cosas cantábricas y guipuzcoanas, 1560, Esteban de Garibay , Origen, discursos e ilustraciones de las dignidades seglares de estos reynos, 1596, Garcia de Góngora y Torreblanca, Historia apologetica y descripcion del reyno de Navarra, 1628), et que l’existence d’une langue originelle, datant de la création de l’Homme, est un axiome incontesté des linguistes.

L’origine biblique de la langue basque

Si Larramendi, dans sa volonté de prouver que la langue basque est la langue originelle de la péninsule ibérique, tente de trouver une étymologie basque à tous les toponymes d’Espagne, Perochegui va plus loin et tente, lui, de prouver par le même biais que la langue basque est la langue originelle non pas de la péninsule ibérique, mais du monde.

  • L’Asie, berceau de l’humanité selon la bible se dit en basque Assia ou Acia, provenant de Hazia, la semence.
  • Le mont Arat ou Ara-Arath sur lequel accosta l’arche de Noé signifie en basque Là-bas (Hara!) ou Là-bas, Là-bas ! (Hara, Harat!) qui pourrait provenir de l’exclamation de Noé lui-même en découvrant la seule montagne émergée après 40 jours de pluie.
  • Babylone, vient du basque Bai bil ona (Oui, bon rassemblement)
  • L’Egypte, vient du basque Es-Yto  ou Ez ito (Ne pas se noyer)
  • Le fleuve Nil, tient son nom de l’expression basque Ni-lo (Je dors), preuve qu’il fut découvert  lors d’un de ses  moments calmes.

La plupart de ces noms datent de quelques temps après le déluge, quand les enfants et petits enfants de Noé partirent repeupler le monde. Une époque où les hommes parlaient une seule langue. L’incident de la tour de Babel a malheureusement fait disparaitre cette langue de la plupart des coins de la Terre. Tubal, cependant, a quitté les siens pour découvrir l’Espagne une centaine d’années avant la chute de la tour de Babel. Il est donc le seul à avoir gardé sa langue originelle. Et il l’a léguée à ses descendants à la fin de son fabuleux voyage.

Bayonne, capitale des basques

Tubal arrive en Europe par les terres du Languedoc et longe les Pyrénées jusqu’à l’océan, ou plus précisément jusqu’à une montagne située entre Bera, Sare et Ascain « que se llama por nombre corrupto Larrona(2), pero se deve llamar Larre-ona, que en la lengua Bascongada, significa, buena falda. ») [que l’on appelle du nom corrompu de Larrona, mais qu’il faut appeler Larre-ona, qui en langue basque signifie bon-flan de montagne].  De là, il voit la Biscaye, le Guipuzcoa, la Navarre, la Basse-navarre et le Labourd, et décide d’y fonder son peuple.

«(…) Pais de Laburdia, o de Lapurdy, cuya cabeza es Bayona, que està sobre un considerable Rio, que se forma de las aguas que caen de los Montes Pirineos ; en donde el Arçobispo Roderico de Toledo en el Capitulo 4 dize aver edificado Tuval la primera Ciudad, y que yo creeré sin la menor dificultad, se resta de Bayona, que es la Capital de los Bascos, cuya lengua solo se habla en las cinco Provincias, (…) que son el Señorio de Viscaya, Provincia de Guipuzcua, ambas Navarras, y el pequeño Pais de Laburda, o de Lapurdy, (…)»

[Pays de Labourd, ou Lapurdi, dont la tête est Bayonne qui est sur un fleuve considérable formé des eaux s’écoulant des monts pyrénéens ; et ou l’archevêque Roderico de Toledo dans son chapitre 4 dit que Tubal édifia la première Ville, et que je crois sans la moindre difficulté être Bayonne, qui est la capitale des Basques, dont la langue est parlée seulement dans les cinq provinces que sont la seigneurie de Biscaye, la Province du Guipuzcoa, les deux Navarre et le petit Labourd, ou Lapurdi, (…)]

Son peuple se développe et gagne le nom de Bascos (« deriva de la palabras Bayasco, que en la propria lengua quiere dezir, Son bastantes, o  somos bastantes ») [qui dérive des mots Bayasco, qui dans la propre langue signifie, Ils sont assez, ou nous sommes assez.].

Passée cette densité de population, celle où Tubal juge que les Basques sont assez pour peupler Bayonne et le Labourd, il peut reprendre son voyage et aider les Basques à coloniser l’Espagne. Il fonde ensuite Pampelune, Tarazona, Saragosse… Arrivé en Aragon, il s’arrête au sommet des Pyrénées et contemple la France et l’Espagne, ses deux pays. Ce qui se dit en basque Bi-Erri-Eneac, qui, par déformation progressive donnera le nom de la chaine de montagne. Il poursuit vers la Catalogne, Gijón (Du basque Hiri-on, bonne ville),  Barcelone, Tarragone, Valencia, l’Andalousie (du basque Landa-lucea, large champ), le Portugal, Lisbonne (du basque Lezo-ona, Bon parage), la Galice, avant de revenir au Pays basque par la Biscaye où il fonda Bilbao.

Ajouts de la seconde édition

La seconde partie, non présente dans l’édition de 1731 est consacrée à des « vérités ignorées, dignes d’être adorées », la troisième aux familles Capet et Bourbon. On y retrouve notamment quelques faits de l’histoire de France, « prouvés » par des hypothèses étymologiques :

  • Le terme de Gaulois vient du basque Gau-lo-es (Cette nuit on ne dort pas) en hommage à la vigilance militaire de ce peuple;
  • Le nom de Bourbon dérive de Buru-on, bonne tête, de même que Capet dérive de l’ancien français et porte la même signification;
  • La Gascogne tient son nom de gauazco-on, Bon pour la nuit;
  • L’Auvergne de Au-erne, celui-ci vif;
  • La Normandie de Hormandia, la grande gelée;
  • L’Aquitaine de Daquitana, ce que je sais.

Le document numérisé

Retrouver le document numérisé sur Bilketa : http://gordailu.bilketa.eus/zoom.php?q=id:543763

Bibliographie

(1)    ~2200 ans avant JC
(2)    La Rhune

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