Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, une histoire en huit cartes

 

Contrairement à une chose qui se dit souvent, Saint-Jean-de-Luz ne tient pas son nom de la lumière (Lux en latin) mais du mot basque Lohizun, (« boueux, fangeux »). En effet, les communes de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure se sont battues durant toute leur histoire contre deux ennemis : l’avancée du front de mer et les marais de l’embouchure de la Nivelle. Les cartes anciennes détenues par la Bibliothèque Nationale de France (BnF) et disponibles sur la bibliothèque numérique Gallica en sont les témoins.

1600 – La rade de St.Jean de Lus

Rade de St. Jean de Lus – source Bnf
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La plus ancienne carte de la baie de Saint-Jean-de-Luz conservée à la BnF est datée des alentours de l’année 1600. Elle est très peu précise, et on y distingue surtout le couvent des Récollets, situé sur une île entre les deux villes.

 

1700 – Carte topographique des bourgs de St. Jean de Luz et Siboure

Carte topographique des bourgs de St. Jean de Luz et Siboure, du port de Secoua de la gr[an]de Baye de St. Jean de Luz et des environs – source Bnf
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Une carte datée de 1700 est plus précise. Outre le couvent des Récollets, on découvre le couvent des Ursulines, en front de mer, l’église, et la maison Lohobiague-Enea, résidence temporaire de Louis XIV en 1660, et la résidence voisine qui héberge actuellement la mairie de Saint-Jean-de-Luz. On peut noter que ce bâtiment, construit vers 1640, est en bordure de la ville, adossé aux marais, au pied du pont menant à Ciboure.

 

1778 - Plans des ports maritimes du commerce

Plans des ports maritimes du commerce dessinés sur la même échelle de 20 lignes pour 100 toises  – source Bnf
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Jusqu’en 1778, peu de choses ont bougé. On retrouve les deux couvents, l’église et la maison qui abritera la mairie. L’accès au couvent des Récollets a été modifié. Si jusqu’à présent une digue ou un gué le reliait au pont, on trouve désormais une esplanade élargie, conquise sur le marais.
Un quai a été construit sur le front de mer, tout le long de la grande plage actuelle, et deux projets de digues apparaissent également à l’entrée du port, destinés à en protéger et sécuriser l’accès.

 

1785 - Plan de St. Jean de Luz, avec les différents projets d'agrandissement du port

Plan de St. Jean de Luz, avec les différents projets d'agrandissement du port / Dupuis ; Thouars – source Bnf
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Au mois de mars 1782 une tempête détruit le quai situé en front de mer à Saint-Jean-de-Luz. La mer entre dans la ville et détruit le quartier dit de « la barre ». Le couvent des Ursulines est balayé et disparaît. Une « estacade » (en rouge sur la carte) est construite dans l’urgence pour protéger la ville.

S’ensuivent de grands projets de réaménagement. La carte suivante est l’une des propositions de l’époque. Outre deux grandes digues à l’entrée de la baie, l’une démarrant de Socoa et l’autre reliant la pointe de Sainte-Barbe au rocher de l’Artha (voir la carte complète), et une sécurisation de l’entrée du port, par un « chenal à prolonger de 100 toises en mer », la proposition inclut également différentes solutions pour l’aménagement de l’intérieur de la ville (en vert). On y retrouve la création d’un « bassin pouvant contenir 100 navires » fermé par une écluse, ce qui permettrait de récupérer l’emplacement du port actuel pour l’assécher et agrandir la ville, mais surtout la création d’une nouvelle « Route d’Espagne », en retrait des terres, par un nouveau pont. L’axe principal des voyageurs ne passerait donc plus devant l’église et la mairie (actuel rue piétonne Gambetta).

 

1795 - Plan de la ville, du port et de la rade de St. Jean de Luz

Plan de la ville, du port et de la rade de St. Jean de Luz – source Bnf
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Une carte de 1795 montre l’avancée des travaux. Les renforts en front de mer (« perré ») sont prolongés. Un nouveau pont est construit, plus en retrait de la ville, permettant de rejoindre l’île abritant le couvent des Récollets. Il ne se poursuit cependant pas jusqu’à Ciboure.

La partie située entre la mairie et le nouveau pont est asséché, permettant la création d’une nouvelle place.

 

1866 – Carte de l’état-major

Carte de l’état-major 1820-1866 – source Géoportail
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En 1823, le perré sensé protéger le quartier de la Barre cède encore et de nouvelles maisons sont détruites (un quart des habitations de la ville, selon des sources de l’époque). Un quartier entier disparaît. Une nouvelle digue est construite, plus en retrait encore qu’en 1782. En 1854, Napoléon III autorise les travaux de fermeture de la baie. Les travaux de construction des trois digues de Socoa, l’Artha et Saint-Barbe commenceront en 1864.

Pendant ce temps l’arrière-pays s’est également transformé. Un nouveau pont relie Saint-Jean-de-Luz à Ciboure, en passant cette fois-ci derrière le couvent des Récollets, et se prolonge par une nouvelle route qui permet aux voyageurs d’aller vers l’Espagne sans avoir à traverser le bourg de Ciboure. Les anciens ponts sont détruits, ou convertis en pontons. Le marais continue de s’assécher, et le couvent des Récollets n’est techniquement plus sur une île, mais a rejoint Ciboure.

Plus en retrait, la voie ferrée est apparue. La gare se situe à ce moment-là en dehors de la ville.

 

1929 - Plan de St Jean-de-Luz et Ciboure

Plan de St Jean-de-Luz et Ciboure... 1/7 000 / dressé par M. Elissalt – source Bnf
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Les trois digues de l’entrée de la baie, dont la construction s’est achevée en 1895, s’avèrent efficaces. Le front de mer se stabilise et casino et établissement de bains font leur apparition. A l’intérieur, l’urbanisation se développe et gagne de jour en jour sur les marais. Saint-Jean-de-Luz crée deux nouveaux quartiers, l’un entre la gare et le Boulevard Victor Hugo, qui devient le principal axe de circulation, l’autre plus à l’intérieur encore (quartier Errepira), laissant toutefois des zones blanches en bordure de la Nivelle, des endroits jugés inconstructibles.

 

2017 – Photographie aérienne

Photographie aérienne – source Géoportail
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En 2017, la situation a encore changé. Les zones blanches de 1929, que ce soit à Saint-Jean-de-Luz ou à Ciboure, ont disparu. Le « nouveau pont » du XIXe siècle a été détruit pour être remplacé par un autre, plus large et plus à l’intérieur. Le front de mer est stable, les marais ont disparu. Le couvent des Récollets est toujours là.

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