Auguste Etcheverry (qui signait parfois Augustin Etcheberri) était cordonnier, né à Sare le 23 mars 1849. Formé à ce métier par son oncle, il pratiquera la cordonnerie presque jusqu’à la fin de sa vie, en complément d’une activité d’aubergiste. Mais il était aussi auteur, poète, et surtout une source inépuisable d’informations pour tous les philologues passionnés de langue basque de la fin du 19e siècle.

C’est à ce titre qu’en 1890, deux jours après sa mort, Wentworth Webster lui rend hommage en faisant publier l’annonce de sa mort dans la revue Euskal-Erria, soulignant qu’il s’agissait « d’un homme de bien et du talent ». (Euskal-Erria : revista bascongada T. 22, 1890)

Etcheverry, poète

Les débuts de 1866

Auguste Etcheverry débute sa participation aux jeux floraux organisés par Antoine d’Abbadie en 1866, à 17 ans(1). Semblant douter de l’approche à adopter, il envoie quatre textes, aux tons très différents :

Il accompagne son envoi d’un simple courrier :

  • “Jauna, pentsatzen dut emanen ditutzula Sarako eliza bestako primak, hara ikusiko duzu idabazten ahal dutenez kantu horiek prima (…)”

    BnF, Fonds Celtique et basque, MS164, signalé par Patricio Urkizu

  • « Monsieur, je pense que vous allez distribuer les primes pour la fête de l’église de Sare, voilà à vous de voir si ces chants peuvent gagner le prix (…) »

Il hésite et décide finalement d’ajouter un texte supplémentaire, une fable : Xirliska eta xinaurria [La cigale et la fourmi]. Il explique son choix dans un autre courrier :

  • “Jauna, lehen ere igorri ditut kantuak, bainan ez nitzan satifatzen, presuna batek erran daut xirliska eta xinaurriaren gainean egiteko kantuak. Hona egin ditut, agian gustatuko zare. Arras pullita da haen bizitzeko maera. Agian eder izanen zaitzu.”
     Huna finitzen zure esperantza onean zure zerbitzari.
     Huna nere adresa.
     Monsieur Auguste Etcheverry
     Maison Ihartcegaray, à Sare
    BnF, Fonds Celtique et basque, MS164, signalé par Patricio Urkizu

  • « Monsieur, j’ai  déjà envoyé des chants auparavant, mais je n’étais pas satisfait, une personne m’a dit de faire des chants sur la cigale et la fourmi. Voila que je les ai faits, en espérant qu’ils vous plaisent. Leur manière de vivre est vraiment jolie. En espérant que vous la trouviez belle. »
     Terminant ici, votre serviteur dans votre bonne attente.
     Voici mon adresse
     Monsieur Auguste Etcheverry
     Maison Ihartcegaray, à Sare

Il obtiendra une mention spéciale pour Anddere xakhurra.

Voir le texte complet d’Anddere xakhurra

La consécration de 1869

Il retentera sa chance deux ans plus tard, en 1868 en proposant Haurra hobi hegian [L’enfant au bord de la tombe] et Etxeko andrea [La maîtresse de maison], sans grand succès.

En 1869, il ne propose qu’un seul texte, poignant, intitulé Hiltzera dohan haur baten auhenak [les plaintes d’un enfant mourant] et obtient enfin la consécration, le makila d’honneur et une once d’or, même si ni Inchauspé ni Julien Vinson n’étaient de l’avis du jury.

Les hauts et les bas de 1872 à 1886

Etcheverry continuera à participer régulièrement aux jeux floraux, mais malgré plusieurs mentions honorables (notamment à Mauléon en 1880 pour Arotxaren kanthua), il ne parviendra plus à remporter le premier prix.

Il semble au dessus de ses concurrents en 1885 avec Maria alegiazkoa, mais le capitaine Jean Duvoisin, président du jury décide que le niveau général est trop bas et refuse de désigner un vainqueur.

La reconnaissance par d’autres biais

C’est finalement en dehors des jeux floraux d’Antoine d’Abbadie qu’Etcheverry s’imposera en tant que poète, dans d’autres concours, comme à Bera en 1880 (Deuxième prix pour Deserturra [le déserteur]) ou à Saint-Sébastien en 1887 (Deuxième prix pour Chorien besta [la fête des oiseaux]), et par une publication assez régulière des ses meilleurs textes dans la revue Eskual-Erria (Aur Umezurtza [L’enfant orphelin], 1887).

Voir le texte complet de Deserturra

Auguste Etcheverry, informateur

Auguste Etcheverry était également au contact des plus grands spécialistes de la langue basque de l’époque.

Wentworth Webster (1828-1907)

Il était l’ami du révérend Wentworth Webster, chercheur anglais installé à Sare et ayant publié un recueil de contes et légendes basques (Voir l’article Les contes et légendes du Pays basque recueillis par Webster)

Dans les manuscrits de Webster détenus par la Médiathèque de Bayonne et en particulier dans le Ms.88-4 intitulé par l’auteur polyglotte Some contributions by Augustin Echeverry, aubergiste à Sare, on trouve trace de leur collaboration. Etcheverry est un informateur de Webster sur les questions de langue, mais également sur la culture. On trouve ainsi :

  • Des proverbes basques cités par Etcheverry

Voir les proverbes d’Etcheverry

  • Des précisions de vocabulaire sur la mer, le ciel et les oiseaux
  • La description complète d’un charivari s’étant déroulé à Sare au début du 19e siècle, à l’occasion du quatrième mariage d’un dénommé Turrut-arrosa

Voir le texte complet Un charivari à Sare

Extrait du MS88-4, Some contributions by Augustin Echeverry, aubergiste à Sare.

Julien Vinson (1843-1926)

Etcheverry participe également à la collecte réalisée par Julien Vinson. Il est notamment cité comme source de certaines devinettes publiées dans Le Folk-lore basque (1883)

Voir les devinettes d’Etcheverry

Hugo Schuchardt (1842-1927)

Quand le linguiste allemand fait part à Wentworth Webster de son intérêt pour la langue basque, l’anglais le dirige vers Auguste Etcheverry. En très peu de temps, celui-ci lui enseignera sa langue, ses mystères et nombre de ses subtilités. La correspondance entre les deux hommes, publiée par l’université de Graz, montre, outre une grande amitié entre les deux hommes, un niveau de langue surprenant de la part de l’étudiant.

Voir la correspondance de Schuchardt

  • “[…] Nahiz ardura etzinituzten ongi komprenitu eskuaraz iskiribatu nituenak, halere orai berriz —eta gehiago dena, hitztegirik gabe — entseiatzen dut zuri eskuaraz iskiribatzea, mintzai gaichto hunen ez ahanzteko osoki; bainan erran behar dautazu zembat huts atsemanen dituzun nere letran. […]”

    Hugo Schuchardt-en gutun Agustin Etcheberriri, 1887-10-27

  • “[…] Bien que souvent vous ne compreniez pas bien ce que j’écrivais en basque, j’essaie quand même encore – qui plus est sans dictionnaire – de vous écrire en basque, afin de ne pas oublier totalement cette méchante langue ; mais il faut que vous me disiez combien de fautes vous trouverez dans ma lettre. […] »

    Traduction d’une lettre d’Hugo Schuchardt à Agustin Etcheberri, 27 octobre 1887

  • “[…]Nola behar darotzut conpreniarazi, nere bihotzak zenbat bozkario izan duen zure eskuarazko letra ederraren irakurtzean! Nork sinetsiko zuen, Eskual-herriko mendi zokho bat doi-doia ezagutu baizik ez duen, gizon Autrechiano batek, eskuaraz hola behar zuela iskribatu! […]”

    Agustin Etcheberriren gutuna Hugo Schuchardt-i, 1887-10-12

  • “[…] Comment dois-je vous faire comprendre, quelle joie a eu mon cœur en lisant votre belle lettre en basque ! Qui aurait pu croire qu’un homme autrichien n’ayant qu’à peine connu un coin de montagne du Pays basque puisse écrire ainsi en basque ! […]

    Traduction d’une lettre d’Agustin Etcheberri à Hugo Schuchardt, 12 octobre 1887

Edward Spencer Dodgson (1857-1922)

Etcheverry travaillera également avec le chercheur anglais Dodgson, pour lequel il fera des travaux de traduction ou d’adaptation. La chanson Chorien besta, primée à Saint-Sébastien, est d’ailleurs réalisée suite à une demande de l’anglais.

  • “[…] Lorsque j’ai composé Chorien besta, je l’ai fait à la hâte pour me débarrasser de Mr Do[d]gson qui tenait absolument à ce que je fasse cette traduction et à ce qu’elle fut envoyé[e] à St Sebastien. […]”

    Lettre d’Agustin Etcheverry à Hugo Schuchardt, 4 mai 1889

  • "[…] Xorien besta moldatu nuenean, presaka egin duen Do[d]gson jauna gainetik kentzeko itzulpen hori absolutoki nahi baizuen egin nezan eta Donostiara igorria izan zedin.[…]”

    Agustin Etcheberriren gutuna Hugo Schuchardt-i, 1889-05-04 (itzulpena)

Agustin Etcheverry, compilateur

En 1876, le 22 août, Auguste Etcheverry envoie à Antoine d’Abbadie, peut-être dans l’espoir de le convaincre d’organiser un concours de prose a côté de son concours de vers, une série de sept textes, baptisée Ichtorio zaharrezko bilkhuia bat Agustin Etcheverry Saratarraz egina [Un recueil de vieilles histoires réalisé par Agustin Etcheverry de Sare].

Ces documents sont actuellement conservés à la Bibliothèque Nationale de France, dans la collection de manuscrits dits « Celtiques et basques » sous la cote MS 169. Antoine d’Abbadie les avait joints à d’autres textes de contes et légendes pour former un corpus assez conséquent. Ces documents ont été étudiés et retranscris pour la première fois par Xabier Kaltzakorta, et publiés en 1997 au sein du livre Lamia, Sorgin eta Tartaroen Erresuma ezkutua.

Pour la première fois, Etcheverry ne se contente pas du rôle de passeur d’histoire, mais va jusqu’à les écrire directement, sûrement avec la volonté de les voir publiés.

Laminak (les lamin)

Le premier texte est une introduction générale sur les Lamin. Etcheverry y explique notamment pourquoi il n’y en avait qu’en Pays basque.

  • “[…]Etziren ezaguthuak bertze lekuez eta ez bertze yendez eskualdunez baizen. Eta zertarako etziren bada aurkhitzen eskual-herrietan baizen? Zeren eta eskual-herrietako etcheak eta etcholak aurkhitzen bitire barraituak eta urrunduak mendi hegaletarainokoan eta mendietan ere bai batzutean […]”

  • « […] Ils n’étaient pas connus dans les autres lieux ou par d’autres gens que des Basques. Et pourquoi ne les trouvions nous pas en dehors du Pays basque ? Parce que les maisons et les bordes du Pays basque sont dispersées et éloignées jusque sur les flancs des montagnes et parfois dans les montagnes même […] »

Lamina ilhe horia [La lamina aux cheveux blonds]

Lamina ilhe horia raconte l’histoire d’une lamin très agressive et d’un jeune homme sauvé par le lever du soleil.

Voir le récit complet

Gerriko zinta seda [La ceinture de soie]   

Gerriko zinta seda montre également des lamin méchants et agressifs qui tentent de piéger le curé de Sare.

Il est intéressant de noter que ce récit apparait dans des termes très proches dans le recueil de Cerquand (Légendes et récits populaires du Pays basque), ce qui fait dire à Kaltzakorta qu’Etcheverry était sûrement l’un des informateurs anonymes de Cerquand.

Nihaur nere buru [Moi-même)]

Dans Nihaur nere buru un lamin se fait piéger par un humain de la même façon que dans le récit Les lamina de la ferme Uhalde raconté par Jean Elisssalde.

Bi anaiak, bat probe eskalea bertzea aldiz aberats dirukoia [Deux frères, l’un pauvre mendiant, l’autre riche]

Le récit de deux frères que les modes de vie et la morale opposent.

Neskatcha-soldadua [la fille soldat]

La fille soldat est un conte long, et surprenant du fait qu’il mêle peut-être deux histoires différentes, l’histoire d’une fille qui s’embarque dans l’armée à la place de son père et l’histoire d’hommes aux pouvoirs extraordinaires. La conclusion de l’histoire, très misogyne, semble provenir d’une troisième source, venue plus tard contrebalancer l’impression laissée par la première partie du récit qu’une fille peut faire aussi bien qu’un homme.

Voir le récit complet

Extrait de Gizon Harrigarriak, illustré par Yarnoz, reprenant les mêmes “hommes extraordinaires” que le conte.

Bibliographie

Mr. Augustin Etcheberry, Wentworth Webster. Euskal-Erria : revista bascongada T. 22, 1890

Anton Abbadiaren koplarien guduak: bertso eta aire zenbaiten bilduma 1851-1897, Patricio Urkizu, Piarres Xarriton, Eusko Ikaskuntza, Euskaltzaindia, 1997

Lamia, Sorgin eta Tartaroen Erresuma ezkutua, Xabier Kaltzakorta, Labayru ikastegia, 1997

 

(1) Le Auguste Etcheberri ayant remporté une mention en 1858 semble être un homonyme.

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