Joseph Apesteguy naît le 20 mai 1881 à Cambo dans une famille de 14 enfants. Il se distingue très tôt par ses talents de joueur de pelote, à main nue, à la chistéra ou avec n’importe quel autre instrument. Son jeune âge lui vaudra le surnom de Chiquito (ou Txikito), qui signifie « le petit », mais qui contrastera rapidement avec sa corpulence qui atteindra 1,95 mètres pour 90 kg.

Professionnel à 17 ans à une époque où  la pelote devient à la mode un peu partout par le monde, il passera à la postérité avec ce surnom de Chiquito de Cambo et jouera les premiers rôles dans le monde de la pelote pendant près de cinquante ans, jusqu’à son jubilé en 1946.

Il décède le 21 décembre 1950, à l’âge de 69 ans, et devient une légende.

1898, Les premiers défis

Eskualduna 1898-08-26

  • « Le mardi 30 à 3 heures de l’après-midi, se jouera la grande partie qui sera certainement le clou de nos fêtes. Arrué, Chilar et Otharré se mesureront avec Chiquito de Cambo, Apestéguy et Lemoine de Sare. Ces noms se passent de commentaires, mais nous ne pouvons nous empêcher d’insister sur l’intérêt qui s’attache à cette lutte entre les vieux maîtres de la balle soucieux de garder une réputation durement acquise et leurs jeunes élèves qui n’aspirent qu’à s’élever à leur niveau, sinon à les dépasser (…) »
  • “asteartea 30an, arratsaldeko 3etan, segurki gure besten ikusgarriena izanen den partida handia jokatuko da. Arru, Chilar eta Otarré neurtuko dira Kanboko Txikito, Apeztegi eta Sarako Lemoine-ekin. Izen horiek iruzkinik ez dute beharrik, baina borroka horren interesa azpimarratu gabe ezin gara egon, parez pare ezarriko baititu gogorki irabazitako fama atxiki nahi duten pilotaren maisu zaharrak eta haien mailara berdindu, ez bada gainditu nahi duten ikaslea gazteak. (…)”

Dès ses premières années, Chiquito affronte (avec son frère) les plus grands noms de la chistéra, dont les célèbres  Arrué et Jean-Pierre Borda, dit Otharré.

1899, le roi contre le roitelet

En septembre 1899, à 18 ans, Chiquito défie Arrué, considéré comme le roi de la pelote de l’époque. Il remporte la partie très nettement (60 à 33) et celle-ci  sera très longtemps commentée.

Eskualduna 1899-09-15

  • « Ainsi toutes les conditions sont arrêtées pour le plus brillant assaut auquel il nous aura été donné d’assister, le 23 septembre courant, sur la place de Cambo : Chiquito prendra le gant contre Arrué, le roi de la pelote jusqu’à ce jour. (…) Il était incontestablement le roi de nos frontons, lorsque, indirectement, il se vit lancer le gant par le roitelet de Cambo (…) »
  • “Horrela baldintza guztiak beteak dira ikus genezakeen eraso dirdiratsuarentzat, irail honetako 23an, Kanboko plazan: Txikitok eskularrua hartuko du gaur arte pilotaren erregea dagoen Arrueren aurka. Dudarik gabe gure pilota plazen erregea zen,  ikusi arte, zeharka, Kanboko erregetxoa haren desafiatzen (…)”

Eskualduna 1899-09-29

  • “La partie tête-à-tête entre Arrué et Chiquito a abouti au succès complet de Chiquito qui a fait 60 points en laissant son adversaire à 35 ou 36 points. Nous avions annoncé cette partie, mais nous nous sommes bien gardés de l’aller voir, prévoyant qu’elle tournerait court, et n’offrirait pas un intérêt sérieux (…) »
  • “Arrue eta Txikitoren arteko buruz burukako partidak Txikitoren garaipen osoa ekarri du, hark 60 puntu eginez eta utziz haren aurkaria 35 edo 36 puntutan. Partida horren berri eman genuen, baina haren ikustera joateaz begiratu gara, aurreikusiz hartan berean geldituko zela, eta zuela interes seriosik emanen (…)”

1899, L'Amérique

En octobre 1899, Chiquito embarque avec Arrué, qu’il vient de battre, pour Buenos Aires en Argentine. Ce sera la première des ses tournées à l’étranger.

Portrait de Chiquito en 1900

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« Nouvelles d’Amérique », extrait du journal Eskualduna du 19 janvier 1900

  • “(…) Chiquito eta Diharce ari izan dire aitzinetik, pilotari hautak, joko horrentzat biak ere, iduri zuten hautatuak zirela aitzineko, eta nola berexten zituzten pilotak ; Chiquitok bazterrat igortzen zituen pilotak ; Akabo ! (…)”
  • « (…) Txikiti et Diharce ont joué devant, ces pelotari de choix, pour ce jeu tous deux semblent voués à jouer avant, et comment ils triaient les pelotes ; Quand Txikito envoyait la balle sur le côté ; Terminé ! (…) »

1900, Paris

En 1900, Chiquito arrive à Paris, où se construisent de nombreux frontons et où les parisiens découvrent la pelote. Il va très rapidement conquérir le cœur du public.

Portrait de Chiquito à Paris en 1901

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Eskualduna 1900-06-29

  • « Les parties se sont continuées avec la sympathie croissante des spectateurs parisiens. (…) Le jeu de Chiquito est celui qui charme le plus le public, parce qu’il est le plus varié et le plus accidenté (…) »
  • “Partidek segitu dute paristar ikusleen  begikotasun gero eta handiago batekin. (…) Txikitoren jokoa publikoan gehien xarmatzen duena da, aberats eta mugikorrena baita(…)”

Eskualduna 1900-07-06

  • “Chiquito a laissé dans la capitale un excellent souvenir parmi les amateurs du jeu de balle et on espère bien le revoir l’an prochain. Son jeu nerveux et vibrant a tout à fait séduit. »
  • “Txikitok hiriburuan oroitzapen bikainak utzi ditu pilota joko zaleen artean, eta ondoko urtean ikusten ahalko dutela espero dute. Haren joko zaintsu eta dardaratsuak osoki liluratu du.

1901-1914, Le début de la gloire

Après avoir conquis les frontons du Pays basque et du monde en quelques mois, Chiquito se confirme sportivement par une domination incontestée de plus d’une décennie (champion du monde de chistera sans discontinuer de 1900 à 1914).  En parallèle, grâce notamment à son impresario Jauretche, il devient une personnalité publique, réclamée pour chaque inauguration de fronton ou pour des exhibitions devant les rois d’Espagne ou d’Angleterre.

Chiquito en 1906

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Chiquito en en carte postale [1908]

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Portrait de Chiquito en 1911

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Chiquito en 1912

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1914-1918, Grenadier de la grande guerre

La grande guerre interrompt la carrière sportive du pelotari, mais pas sa gloire. Engagé parmi les grenadiers, il fera preuve de bravoure à de nombreuses reprises et sera plusieurs fois  cité et décoré.

La légende raconte qu’il aurait emporté sa chistera (ou sa bolea selon les versions) au front et qu’il s’en servait pour jeter ses grenades plus loin que quiconque.

Les exploits de Chiquito, extrait du Sporting du 12 novembre 1914

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  • « Sur le front, une compagnie d’infanterie lutte avec une énergie farouche contre une force allemande supérieure. (…) Son chef décide d’en avertir le commandant de compagnie et de lui demander du renfort… Mais l’homme qui se dévouera risque de ne pas pouvoir accomplir sa mission, le terrain à parcourir est couvert par une grêle d’obus, balayé par les rafales des mitrailleuses. (…) Un homme s’est levé et à dit : « C’est bien ! Moi, j’irai ! »
    Il l’a fait spontanément, se dressant d’un bond de félin, une flamme dans les yeux. Collant, d’une tape, son képi sur l’oreille, il part comme coiffé d’un béret basque, son fusil lui servant de makhila. Il court, se couche, rampe, se relève, glisse, disparaît. « Pauvre bougre, murmure le sergent ; il es f… ! Il n’en reviendra jamais ! » (…) »
  • “Frontean, infanteria konpainia bat basa energia batekin borrokan ari da aleman indar handiago baten aurka. (…) Haren buruzagiak konpainiaren komandantea abisatzea erabakitzen du indargarrien eskatzeko… Baina bere burua eskainiko duen gizonak misioa ez betetzeko arriskua ukan lezake, zeharkatu behar lukeen terrenoa obus erauntsi batez estalia da, metrailadore boladaz garbitua. (…) Gizon bat altxatzen da eta dio: “Ongi da! Ni, joanen naiz!”
    Bere baitak egin du, jauzi felino batez jaikiz, sugar bat begietan. Bere kepia xarta batez belarrian kolatuz, badoa euskal kapelu batekin bezala, zizpa makhila gisa baliatuz. Lasterka doa, etzaten da, herrestan doa, altxatzen da, lerratze, eta desagertzen. “Gaizo mutila, murmurikatzen du sarjentuak; I… da! Horretarik inoiz ez da itzuliko!” (…)”

1919-1925,  Retour au sommet

Dès la fin de la guerre Chiquito reconquiert son titre de champion du monde qu’il conservera jusqu’en 1923.

Chiquito le 9 mars 1924 sur le nouveau fronton de la porte de Châtillon

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Chiquito le 9 mars 1924 sur le nouveau fronton de la porte de Châtillon

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Chiquito le 9 mars 1924 sur le nouveau fronton de la porte de Châtillon

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1926-1946, L'inusable vétéran

L’année de ses 45 ans, Chiquito se vante d’avoir joué 70 parties professionnelles et de n’en avoir perdues que deux (de deux points à chaque fois).  Il attend  à un concurrent à son niveau.

Interview du champion dans l’intransigeant du 8 juin 1927

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  • « (…) C’est vannant, je ne peux plus trouver d’adversaires qui puissent me menacer. Puis il n’y a plus d’arrières. Cherchez-moi des rivaux. Je défie n’importe quel pelotari à chistera. Je voudrais tant rencontrer des joueurs de ma taille…(…) »
  • “(…) Akigarria da, mehatxa nezakeen aurkaririk ezin dut aurkitu. Eta gibelaririk ez dago gehiago. Aurki iezazkidazue lehiakideak. Edozein xistera jokalaria desafiatzen dut.  Nire neurriko jokalariak hainbeste kurutzatu nahi nituzke…(…)”

Chiquito au fronton de Paris en 1929

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Chiquito vers 1934

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« Le pelotari Chiquito de Cambo, âgé de 48 ans, demeure le roi des frontons ». Extrait du Miroir des Sports, 11 juin 1929

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Mention de Chiquito dans le journal satyrique Cyrano du 08 septembre 1929

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En 1933, Chiquito reçoit la Médaille d’or de l’Education physique. Extrait de Match du 26 septembre 1933

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« Je mourrai chistera au poing ». Extrait du Paris-soir  du 3 juin 1941

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  • « Est-ce que vous croyez que cette main ne peut plus tenir la chistera ? Je suis né avec la pelote dans le ventre et je mourrai la chistera au poing. On a dit que j’étais devenu gendarme, que j’avais du ventre, que j’étais fini. Ce sont des histoires. J’ai soixante ans et je suis toujours champion du monde. Et je relèverai encore tous les défis. Quant à mon ventre, vous verrez tout à l’heure. (…) »
  • “Uste ote duzu esku honek xisterarik ezin duela atxiki? Pilota bat sabelean sortu naiz eta xistera bat ukabilean hilen naiz. Erran da jendarme bilakatu nintzela, tripa banuela, bukatua nintzela. Istorioak dira. Hirurogei urte ditut eta oraindik munduko txapelduna naiz. Eta desafio guztiak oraindik atxikiko ditut. Eta nire tripari buruz, ikusiko duzue oraintxe. (…)”

« Chiquito de Cambo, le champion de 60 ans ». Extrait du Miroir des sports du 9 juin 1941

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Chiquito raccrochera finalement en 1946, à l’âge de 65 ans, lors d’un jubilé organisé au fronton de Paris, et décédera 4 ans plus tard, le 27 décembre 1950.

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