Les Archives de la parole

En 1911, le linguiste et philologue français Ferdinand Brunot (1860-1938) inaugure au sein de l’université de la Sorbonne le département des Archives de la parole. Ces archives sonores marquent un tournant décisif dans l’histoire des langues et de l’oralité. En effet, pour la première fois en France, des linguistes prennent conscience de la richesse des langues parlées sur le territoire national et de la nécessité d’en garder une trace «vivante», afin de les étudier et les conserver.

Ainsi, avec l’aide d’Émile Pathé (1860-1937) responsable de la branche phonographique de la Société des Machines Parlantes Pathé frères, Ferdinand Brunot entreprend d’enregistrer les voix de nombreux locuteurs français, connus ou anonymes et de constituer un véritable atlas linguistique phonographique de la France.

Ces enregistrements originaux sont précieusement conservés au département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France, et grâce à des campagnes de numérisation, il est aujourd’hui  possible d’écouter ces témoignages venus tout droit du passé.

Parmi les 1300 enregistrements sonores que constituent les Archives de la Parole, une captation de chants en langue basque - en guipuzcoan - a attiré notre attention.

Ferdinand Brunot avec un pavillon acoustique et un technicien Pathé. Source : Cairn.info

Les chants Adio Euskal Erriari : zortzico et Guernikako Arbola

Le disque comporte les chansons basques Adio Euskal Herriari [Adieu au Pays basque] et Gernikako arbola [L’Arbre de Guernica]. Elles sont toutes deux écrites et composées par le célèbre bertsolari, poète et musicien Jose Maria Iparragirre (1820-1881), dont le mode de vie bohème et picaresque lui valut le titre de barde. Les titres sont interprétés par Eulogio Villabella, baryton originaire de Bilbao, chanteur renommé de zarzuelas. Contrairement aux enregistrements suivants, la date et le lieu exact de cette captation ne sont pas renseignés.

Jose Maria Iparragirre

Face A

La chanson Adio Euskal Herriari ou Agur Euskal Herriari [Adieu au Pays basque] a été composée au milieu du XIXe siècle. Elle évoque le douloureux exil d’un basque. L’homme s’adresse directement à sa terre natale dont il a le mal du pays. Au fil du temps, cette chanson a intégré le répertoire de la chanson populaire basque.

  • Adio Euskal Herriari

    Agur nere bihotzeko
    Amatxo maitea!
    Laster etorriko naiz
    Kontsola zaitea.
    Agur nere bihotzeko
    Amatxo maitea!
    Laster etorriko naiz
    Kontsola zaitea.
    Jaungoikoak ba nahi du
    Ni urez joatea;
    Ama zertarako da
    Negar egitea?
    Jaungoikoak ba nahi du
    Ni urez joatea;
    Ama zertarako da
    Negar egitea?

    Gazte gaztetandikan
    Herritik kanpora,
    Estrajeria aldean
    Pasa det denbora.
    Gazte gaztetandikan
    Herritik kanpora,
    Estrajeria aldean
    Pasa det denbora.
    Herrialde guztietan
    Toki onak badira,
    Baina bihotzak dio:
    « zoaz Euskal Herrira ».
    Herrialde guztietan
    Toki onak badira,
    Baina bihotzak dio:
    « zoaz Euskal Herrira » (...)
  • Adieu au Pays basque

    Au revoir
    Chère petite mère !
    Je reviendrai bientôt
    Te consoler.
    Au revoir
    Chère petite mère !
    Je reviendrai bientôt
    Te consoler.
    Dieu a voulu
    Que je prenne la mer
    Maman à quoi sert
    De pleurer ?
    Dieu a voulu
    Que je prenne la mer
    Maman à quoi sert
    De pleurer ?

    Dans ma prime jeunesse
    J’ai passé du temps
    Loin du pays
    A l’étranger.
    Dans ma prime jeunesse
    J’ai passé du temps
    Loin du pays
    A l’étranger.
    Dans tous les pays
    Il y a de bons endroits
    Mais le cœur répète :
    « va au Pays basque »
    Dans tous les pays
    Il y a de bons endroits
    Mais le cœur répète :
    « va au Pays basque » (...)

Cliquer sur le disque pour écouter l’extrait

Face B

Gernikako arbola [L’Arbre de Guernica] est considéré comme l’hymne non officiel des basques. Iparragirre l’aurait écrite et composée en 1856 dans un café madrilène, en hommage aux antiques privilèges du for qui garantissaient dès le Moyen Âge les libertés du peuple basque. En effet, entre le XIVe et le milieu du XIXe siècle, le véritable arbre de Guernica fut le lieu des assemblées plénières destinées à décider des intérêts de la communauté biscayenne. En 1936, Jose Antonio Agirre le premier lehendakari [président] du gouvernement autonome basque prête serment sous cet arbre. En 1937, l’arbre réchappe par miracle au bombardement de la ville. Aujourd’hui, tous les lehendakari de la Communauté autonome basque continuent à faire acte d’allégeance sous cet arbre lors de leur prise de fonction.

Illustration tirée de La Fiesta del arbol = Zugatz egunsaia (Euskalzale, 1897)

  • Gernikako arbola

    Gernikako arbola da bedeinkatua,
    Euskaldunen artean guztiz maitatua:
    Eman ta zabal zazu munduan frutua.
    Adoratzen zaitugu arbola santua.

    Mila urte inguru da esaten dutela
    Jainkoak jarri zuera Gernikan arbola;
    Zaude bada zutikan orain da denbora,
    Eroritzen bazera arras galdu gera.

    Ez zera eroriko arbola maitea,
    Baldin portatzen bada Bizkaiko jentea
    Laurok hartuko degu zurekin partea,
    Pakean bizi dedin euskaldun jendea. (...)


  • L’arbre de Guernica

    Arbre béni de Guernica,
    Aimé de tous les Basques:
    Donne et distribue ton fruit dans le monde entier.
    Nous t’adorons, ô arbre saint.

    On dit qu’il y a environ mille ans
    Que Dieu planta l’arbre de Guernica;
    Reste debout aujourd’hui et pour toujours,
    Car si tu tombes nous serons perdus.

    Mais tu ne tomberas pas, ô arbre bien-aimé,
    Tant que le peuple de Biscaye se portera dignement,
    Et tant que les quatre provinces seront unies,
    Et feront vivre le peuple Basque dans la paix. (...)

    Traduction : Wiki Kantuz

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