Les Archives de la parole

En 1911, le linguiste et philologue français Ferdinand Brunot (1860-1938) inaugure au sein de l’université de la Sorbonne le département des Archives de la parole. Ces archives sonores marquent un tournant décisif dans l’histoire des langues et de l’oralité. En effet, pour la première fois en France, des linguistes prennent conscience de la richesse des langues parlées sur le territoire national et de la nécessité d’en garder une trace «vivante», afin de les étudier et les conserver.

Ainsi, avec l’aide d’Émile Pathé (1860-1937) responsable de la branche phonographique de la Société des Machines Parlantes Pathé frères, Ferdinand Brunot entreprend d’enregistrer les voix de nombreux locuteurs français, connus ou anonymes et de constituer un véritable atlas linguistique phonographique de la France.

Ces enregistrements originaux sont précieusement conservés au département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France, et grâce à des campagnes de numérisation, il est aujourd’hui  possible d’écouter ces témoignages venus tout droit du passé.

Parmi les 1300 enregistrements sonores que constituent les Archives de la Parole, un disque a attiré notre attention : l’enregistrement d’un sermon et de deux chants en basque souletin.

Ferdinand Brunot avec un pavillon acoustique et un technicien Pathé. Source : Cairn.info

L’orateur : Jean Larrasquet Prioria (1885-1953)

  • Le 15 mars 1927 Mr l’Abbé Larrasquet-Prioria (Jean) a enregistré 1. Un sermon en basque souletin 2. Deux chants populaires basques.

  • 1927ko martxoaren 15an Larrasquet-Prioria (Jean) Abade apezakgrabatu ditu 1. Prediku bat euskara zubereraz 2. Bi euskal kantu herrikoi.

La voix enregistrée est celle du prêtre et écrivain souletin Jean Larrasquet-Prioria, né à Esquiule en 1885. Il étudia la phonétique basque et particulièrement souletine ; nombres de ses recherches furent publiées dans la Revue internationale des études basques (RIEV) entre 1927 et  1939. Il fut nommé correspondant de l’Académie de la langue basque en 1928.

Il vécut une dizaine d’années à Paris et y publia trois ouvrages de linguistique basque en français :

Il est également l’auteur d’une thèse intitulée Recherches expérimentales sur l'état actuel et l'évolution des vélaires dans le basque souletin publiée en 1928. Voir des extraits dans Gallica.

En 1946, il assista Pierre Lhande dans l’écriture de la biographie du célèbre poète souletin Etxahun (1) : Le poète Pierre Topet dit Etchaun et ses œuvres. L’ouvrage, publié par Euskaltzaleen biltzarra, reste une des œuvres de référence sur le barde de Barcus.

Dans les documents accompagnant l'enregistrement, nous trouvons lire les informations suivantes :

  • Enregistré

    Nom Larrasquet-Prioria
    Prénom Jean
    Sexe masculin
    Âge 42
    Profession Prêtre professeur
    Lieu de naissance Esquiule (Harbuztanin ?)
    Domicile 57 rue de Lille, Paris 7e
    A habité Bayonne, Paris (diz ans)
    Voyage à Haïti, France
    Service militaire quatre ans
    Domicile des parents Barcus-Prioria
    Patrie du père France. Barcus
    - de la mère Hameau de Géronce

    Enregistrement

    Date 15 mars 1927
    Lieu Archives de la Parole
    Nature du sujet Sermon et chants
    Langue basque
    Dialecte souletin

    Appareil Pathé
    Diaphragme 8
    Pavillon n°1
    Ingénieur Pernot

    Observations : Le sujet est professeur. Il trouve que, sous l’influence de son professeur, l’articulation de ses consonnes est devenue plus forte.

  • Grabatua

    Deitura Larrasquet-Prioria
    Izena Jean
    Sexua maskulinoa
    Adina 42
    Lanbidea Apeza irakaslea
    Sorlekua Eskiula (Harbuztanin ?)
    Helbidea Lille-ko karrika 57, Paris 7.
    Bizileku ohia(k) Baiona, Paris (10 urte)
    Bidaiak Haiti, Italia
    Zerbitzu militarra lau urte
    Burasoen bizilekua Barkoxe-Prioria
    Aitaren sorterria Barkoxe
    Amaren - Jeruntze alderria

    Grabaketa

    Eguna 1927ko martxoaren 27a
    Tokia Mintzoaren artxiboak
    Gaia Prediku eta kantuak
    Hizkuntza euskara
    Euskalkia zuberera

    Tresna Pathé
    Diafragma 8
    Pabiloia 1.
    Ingeniaria Pernot

    Oharrak: Gizona irakaslea da. Bere irakaslearen eraginez kontsonanteen artikulazioa indartsuago bihurtu zela aurkitu zuen.

Face A

La première face du disque contient un sermon religieux. Nous entendons l’abbé Larrasquet déclamer le sermon de Lazare de Béthanie. Nous pouvons penser que l’homme d’église a choisi ici un extrait qui lui tient à cœur. Son phrasé n’est pas hésitant, il paraît au contraire plein de conviction.

Cliquer sur le disque pour écouter l’extrait

Face B

Sur la face B, Larrasquet interprète deux chants traditionnels souletins. Il chante en premier lieu deux couplets du poète Etxahun dont il a étudié l’œuvre : Etxahun eta Otxalde [Le barde Etchahun et le barde Otchaldé]. Il interprète ensuite deux couplets de la chanson Ürzo churia [Palombe blanche], dont l’auteur est inconnu.

Il convient de noter que pour ces deux enregistrements Larrasquet a écrit les textes originaux dans les fiches associées au disque, ainsi que ses propres traductions.

  • Transcription ou Traduction
    (Noms, profession du traducteur)

    Écrit et traduit par l’Abbé Larrasquet lui-même. Phonéticien, membre de la Société de linguistique de Paris, élève de l’Institut de Phonétique (Sorbonne).

  • Transkripzioa edo Itzulpena
    (Itzultzailearen deitura, lanbidea)

    Larrasquet Abadeak, fonetikalariak, Pariseko Linguistika Elkarteko kideak, Fonetika Institutuko (Sorbona) ikasleak berak idatzia eta itzulia.

  • Lehen kantu herrikoia (Etxahunena)

    I
    1. Agur, adichkidia, Jinkuak egün hun!
    2. Zer berri den erradazük, zük othoi Ziberun
    3. Ezagützen düzia, Barkochen, Etchahun?
    4. Holako koblakaririk ez ümen da ihun:
    5. Bijita juan neinte, ezpalitz hañ hurun.

    II
    1. Jauna, ezagützen dit Etchahun, Barcochen:
    2. Egün oroz nüzü hülantik ebilten.
    3. Bethi gazte ezin egonez, ari düzü zahartzen:
    4. Laur hogei urthik ditizü mündin igaraiten:
    5. Bersuetan ezta hambat orai oküpatzen.

  • Premier chant populaire (d’Etchahun)

    I
    1. Bonjour l’ami, que Dieu (te vous) donne bonjour !
    2. Quelle nouvelle il y a en Soule, dites-moi je vous prie.
    3. Connaissez-vous, à Barcus, Etchahun ?
    4. De barde de pareille sorte, il en est, dit-on, nulle part.
    5. J’irais en visite, s’il n’était pas si loin.

    II
    1. Monsieur, je connais Etchahun, à Barcus.
    2. Tous les jours je marche de près.
    3. De ne pouvoir rester toujours jeune, il se fait vieux;
    4. Ce sont les 80 ans qu’il passe au monde
    5. Dans les couplets il ne s’occupe plus guère maintenant.

  • 2. kantu herrikoia (egile ezezaguna)

    I
    1. Ürzo churia, ürzo churia,
    2. Eran izadak egia :
    3. Nurat unduan bidajez,
    4. Sunjatü gabe pasaje

    II
    1. Phartitü nintzan ene herritik,
    2. Españalatko deseñian :
    3. Heltü niz Arhansüsera,
    4. Ene plazerran galtzera.

  • 2e chant populaire (d’auteur inconnu)

    I
    1. Palombe blanche, palombe blanche,
    2. Dis-moi la vérité :
    3. Où allais tu par voyage,
    4. Sans réfléchir à passage ?

    II
    1. J’étais partie de mon pays,
    2. Dans le projet d’(aller) en Espagne
    3. Je suis parvenue à Arhansus,
    4. Pour perdre mes plaisirs.

 

Cliquer sur le disque pour écouter l’extrait

Voir le document sur Gallica : [Archives de la parole]. , Sermon en basque souletin ; Le barde Etchahun et le barde Otchaldé : chant populaire [en] basque souletin ; Urzo churia : chant populaire [en] basque souletin / Hubert Pernot, éd. ; M. l'abbé Jean Larrasquet-Priora, chant 1927.


(1) À lire également sur Bilketa, à propos de Pierre Topet dit Etchahun :

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