Publié avec l'aimable autorisation de Maider Bedaxagar, article extrait du Bulletin du Musée Basque n°185 (2e semestre 2015), traduction de Marcel Etchehandy.

Pierre commémorative à l'emplacement de la maison où est né et mort Etxahun, Barcus, Cliché Maider Bedaxagar, 2011

Il existe deux Etxahun en Soule. On le sait, que l'on soit souletin ou non. Il y en a même trois, Etxahun Liginaga était musicien et chanteur dans les mascarades. Les deux Etxahun étaient poètes. Peu savent, peut-être, qu'Etxahun Iruri était bien différent d'Etxahun Barkoxe. Il suffit de prendre un chant de l'un et de l'autre, de les chanter, pour en saisir la différence.

Etxahun Barkoxe était un barde (1786-1862). Sa vie tourmentée, pleine de malheurs, d'injustice et de grands chagrins, est dans toutes les mémoires. N'importe qui ne peut, comme lui, définir sa vie comme étant la plus malheureuse du monde. En cela Etxahun Barkoxe fut un grand romantique. Il coucha toujours ses malheurs par écrit. Ses chants sont des documents qu'il utilisa pour sauver sa vie, par exemple lorsqu'il dut aller en prison. Il racontait poétiquement les événements. C'était sa manière propre. Ces documents ont été conservés. Nous connaissons Etxahun comme compositeur de chants ; mais il y a aussi d'autres écrits, plus nombreux que les poèmes. Ils sont devenus des documents officiels désormais conservés comme patrimoine.

Manuscrits conservés au Musée Basque et de l’histoire de Bayonne

Signature d’Etxahun à la fin du poème adressé à M. Clérisse, procureur du roi [1833] (MS 59). Collection Musée Basque. Cliché Bilketa.

Le Musée Basque de Bayonne est riche en manuscrits basques. On y trouve une bonne quantité de travaux littéraires en euskara. Ce sont souvent des dons de papiers personnels et de livres. Ainsi des fonds sont entrés au Musée Basque et ont reçu le nom du donateur : fonds Hiribarren (23 manuscrits), fonds Campan-Latsague (24 manuscrits de pastorales), fonds Malartic (6 manuscrits de pastorales), fonds Duvoisin (6 cahiers manuscrits), fonds Ducourrau (2 cahiers de dessins originaux), fonds Otxobi et Edmond Rostand. Il faut y ajouter d'autres manuscrits : de Pouvreau, Hérelle, Dodgson, Daranatz, ainsi qu'un grand nombre de lettres, remarques et pensées.

La bonne réputation du Musée Basque a inspiré confiance. Ainsi beaucoup de documents provenant de familles y sont entrés. Le fonds Hiribarren est des plus riches en quantité. Les papiers de ce prêtre (1810-1866) proviennent de deux sources distinctes : Manu de la Sota et Garat-Hargous. Parmi ces dons figure, par exemple, le fameux dictionnaire de Hiribarren (basque-français). Ce sont donc des documents précieux pour la connaissance des dialectes. Par ailleurs le Musée a reçu deux fonds de pastorales : le fonds Campan-Latsague et le fonds Malartic. Le premier est entré comme don de la famille Campan-Latsague. On trouve là 24 pastorales des XVIIe et XVIIIe siècles. Le chercheur Georges Hérelle connaissait ces manuscrits. Mme Campan-Latsague fut souvent invitée à déposer son fonds à la Bibliothèque Nationale de France, mais toujours elle s'y refusa. En 1926, quand elle eut connaissance de la création d'un musée basque, elle promit à Daranatz de faire don de sa collection à cet organisme. C'est un fonds précieux, principalement parce qu'on y trouve la pastorale la plus ancienne : Sainte-Élisabeth de Portugal de 1750 (les recherches concernant cette oeuvre se poursuivent ; il se pourrait qu'il faille en changer la date). L'autre fonds de pastorales est parvenu au Musée par la vicomtesse Malartic : six pastorales manuscrites, pour la plupart de Clément d'Andurain. La vicomtesse Malartic était la soeur de Clément d'Andurain. Le fonds passa de frère à soeur. En 1935 celle-ci fit don de six manuscrits au Musée Basque. Il existe un autre fonds et non des moindres : le fonds Duvoisin dont le fonds principal est à la Médiathèque de Bayonne. Cependant des documents importants se trouvent au Musée Basque, entre autres un lot de chants et de poèmes, la plupart en labourdin, composés pour les Jeux Floraux. D'autres fonds sont aussi très intéressants (les dessins étonnants du naturaliste Ducourrau, les manuscrits d'Oxobi, d'Edmond Rostand…).

Souvent un manuscrit révèle un texte qu'on ne trouve pas ailleurs, et c'est là un trésor sans pareil ! Également, souvent des écrits d'un artiste n'existent que dans la littérature orale. Il s'agit surtout de bertsolari et autres poètes. Pourtant, on trouve aussi les traces écrites d'une littérature orale. C'est cela qui est arrivé dans le cas d'Etxahun Barkoxe.

Les archives d'Etxahun au Musée Basque

Les papiers d'Etxahun également sont entrés au Musée Basque par des dons. Quand Jean Haritschelhar commença les recherches en vue de sa thèse (L'oeuvre poétique de Pierre Topet-Etxahun : 1786-1862), il fit la connaissance de la famille Péria, de Saint-Palais. Henri Péria avait été contrôleur général de l'administration de l'armée, et par héritage il entra en possession des archives d'Etxahun Barkoxe. Mme Péria, veuve, offrit les manuscrits au Musée Basque car elle faisait entière confiance à M. Haritschelhar. Voici les documents qui entrèrent au Musée Basque en 1964 :

Les manuscrits d'Etxahun Barkoxe sont au nombre de sept au Musée Basque (MS 58 au MS 64). Ils proviennent tous de Mme Péria.
Cependant un ne vient pas de Mme Péria, et M. Haritschelhar le trouva :

MS 65 Goure jaun aphescupia ou Poème à Mgr Lacroix, 2 p., 33 x 23 cm, [1856]

Ce manuscrit fut découvert presque par hasard. Avec la collaboration d'Eugène Goyheneche et de José de Vilallonga, Haritschelhar organisa un colloque en 1963 à l'occasion du centenaire du Dictionnaire topographique des Basses-Pyrénées. Il avait l'intention de faire une exposition de manuscrits. Manu de la Sota venait de faire don de la bibliothèque de Daranatz au Musée Basque. En cherchant dans ces documents, Haritschelhar aperçut un lot de manuscrits tout en vers. Un feuillet attira son attention : c'était un long poème en souletin écrit d'une main maladroite. Haritschelhar pensa aussitôt au poète de Barcus. C'étaient des vers dédiés à l'évêque de Bayonne de cette époque. Le document se distinguait des autres par son plus grand format. Il comportait deux feuillets et la première feuille commençait par les mots "À notre évêque".

Les documents donnés par Mme Péria étaient de 1830 ou 1840, tandis que celui concernant le poète de Barcus était de 1856, d'après Haritschelhar.

Les quatre principaux poèmes d'Etxahun et leurs traces écrites

Etxahun ou Pierre Topet de Barcus était un barde du XIXe siècle. Il naquit en pleine période romantique. De ce fait ses chants sont très dramatiques. Il raconta en vers les événements principaux de sa vie tragique. Il y a quatre chants bien représentatifs de la vie d'Etxahun, reflets saisissant de son existence. On découvre aussi la plume du poète dans ces chants encore inconnus qui racontent des faits intimement liés à sa vie.

Ürxapal bat badügü herrian trixterik,
Nigarrez ari düzü kaloian barnetik,
Bere lagün maitiaz beit' izan ützirik:
Kuntsola ezazie, ziek, adixkidik.

Oi! ene izatia dolorez beterik!
Mündian ez ahal da ni bezañ trixterik,
Ni bezala maitiak traditü dianik.
Abil, amodiua, hürrün ene ganik!

— Traditü zütüdala deitazüt erraiten;
Bata eta bestia, gü biak bat ginen,
Ene bihotza zaizü bizikoz egonen;
Behar zütüt ützi lotsaz etxekuen!!
Extrait de Ürxapal bat badügü

Ürxapal bat badügü (1805/1808)

C'est un des premiers chants d'Etxahun. Il y raconte un fait du temps de sa jeunesse. Etxahun dut renoncer à une jeune fille parce qu'elle était d'un niveau social inférieur. Leur mariage aurait déshonoré sa famille. Son père le menaça de le priver de son droit d'aînesse si ce mariage se faisait. Le poète n'avait alors qu'une vingtaine d'années.
Un tel sujet est classique chez les romantiques, y compris, souvent, la personnification de la colombe. Ce chant est très fameux. On peut penser qu'Etxahun commença dès cet âge à coucher sur papier ses malheurs et devint poète-écrivain.

Mündüan malerusik (1827)

Une vingtaine d'années plus tard, vers la quarantaine, Etxahun a déjà vécu de nombreux événements terribles. Il vient de passer deux ans en prison, et en arrivant chez lui il s'aperçoit que sa femme le trompe avec un voisin. Comme si cela ne suffisait pas, les gens commencent à parler de lui : après un marché à Oloron, Etchegoyhen a été blessé par un coup de fusil. On dit qu'Etxahun est l'auteur du mauvais coup, une tentative d'assassinat de l'amant de sa femme qui serait en fait Heguiaphal.

Etxahun va se cacher dans la cabane du berger Ondarzühü où il reste du 25 au 30 octobre. C'est là qu'il compose le chant "Mündüan malerusik". Dans le dernier couplet Etxahun dit où il se cache :

"Dans le village de Barcus, ne cherchez pas Etxahun,
Vous qui désirant l'arrêter, êtes à sa poursuite.
Il compose ses chansons à Iguélou
Car il n'y a pas de plus beaux pâturages en Soule."

 

Ce chant fut produit comme pièce à conviction durant le procès d'Etxahun à Agen. Haritschelhar le date de 1827 ou 1828. On trouve ce chant dans le fonds Péria, mais quelque peu retouché, et sous un nouveau titre : "Le gibier du désert". La retouche daterait de 1833, d'après Haritschelhar.

MS 60 Desertuco ihicic : 2 p., 26 x 16 cm [1833] MS 61 [Traduction du poème Desertuko ihicic] : 2 p., 25 x 19 cm

 

Le premier document (MS 60) est de la main d'Etxahun. Ce chant est donc une autobiographie. Il compte 19 couplets. C'est un document de deux pages.
L'autre document (MS 61) est la traduction française du chant précédent. Selon Haritschelhar il n'est pas de la main d'Etxahun : "La traduction n'est pas d'Etxahun et nous la qualifierons assez lâche, encore que l'esprit du texte n'ait pas été trahi" (BMB, 1964, p. 89). Le papier est très fragilisé sur les bords et même au centre ; il est en pièces et difficile à manipuler.

Bi berset dolorusik (1831)

Après le coup de fusil ayant blessé Etchegoyhen, Etxahun passe en justice et vit des moments difficiles. Il pense qu'il doit se rapprocher de Dieu, qu'il doit demander son aide. Il décide d'aller en pèlerinage à Rome. Le tribunal innocente Etxahun car il n'y a pas de preuve qu'il ait attenté à la vie d'Etchegoyhen. Au moment de partir à pied à Rome, il compose ce chant où il dit qu'il veut être lavé de ses péchés et qu'il est prêt à demander pardon à son entourage : "Je pardonne à mes ennemis, à ceux qui m'ont causé du tort, comme Jésus qui pardonna à ses ennemis". Dans ce chant il laisse ses enfants aux soins du médecin et maire, M. Alkhat, et lui demande d'être leur père :

"Monsieur Alkhat de Barcus, j'ai confiance en vous,
À vous je délègue tous mes pouvoirs;
Soyez un père pour mes enfants malheureux;
Faites valoir leurs titres contre leurs ennemis;
Dieu se souviendra de votre charité."

 

Couplet après couplet Etxahun détaille les plus durs moments de sa vie : sa jeunesse, la perte du droit d'aînesse, son mariage, la prison, le crime de Barcus…

Un an plus tard Etxahun écrit une lettre à Hyppolite Clérisse, procureur de Saint-Palais, demandant que sa femme malade des nerfs soit hospitalisée. Cette lettre figure dans le fonds Péria :

MS 62 Lettre d'Etxahun à M. le Procureur du Roy à Saint-Palais, datée du 1er Août 1832 et signée. 1 feuille, 19 x 12 cm [1832]

 

Dans cette lettre, Etxahun demande que sa femme soit enfermée dans une "maison de force", car tous ses malheurs lui sont venus de cette femme, et elle doit guérir. Nous ne connaissons pas la suite donnée à cette lettre. Etxahun écrit sa lettre en français, en un français approximatif.

Etxahunen bizitziaren khantoria (1834)

En 1833 vint au Pays Basque Ernest Legouvé, poète et auteur de théâtre célèbre. Celui-ci, même s'il ne fut pas tout à fait d'accord avec Etxahun, travailla beaucoup à faire reconnaître les droits des femmes. Intéressé par la culture de ce pays, il demanda, paraît-il, à connaître un poète basque, et Hyppolite Clérisse, le procureur du tribunal de Saint-Palais, lui parla d'Etxahun. M. Clérisse demanda à Etxahun d'écrire un chant sur sa vie, à l'adresse de M. Legouvé. Etxahun le lui promit, mais préalablement il écrivit deux poèmes pour ces messieurs, l'un en l'honneur de M. Clérisse et l'autre en l'honneur de M. Legouvé. Par extraordinaire les deux sont louangeurs. Que se passa-t-il entre eux et Etxahun pour que celui-ci ait reçu commande de tels poèmes ? Nous avons les manuscrits de ces deux poèmes grâce aux papiers Péria :

MS 64 [Poème à M. Legouvé] 2 p., 22x16 cm [1833], Monsieur monsieur [sic] le procureur MS 59 [Poème à M. Clérisse] 2 p., 22x16 cm [1833], Monsieur monsieur [sic] le procureur

 

Le premier document (MS 64) est en mauvais état, le papier vieilli, l'écriture difficile à lire, et la qualité de l'encre n'en facilite pas la lecture. Le papier porte treize couplets, tous en basque. Au commencement et à la fin figurent quelques remarques d'Etxahun, en français. L'auteur loue Legouvé et raconte comment ce monsieur lui a demandé de raconter sa vie en un poème. La satire n'est pas loin sous la plume d'Etxahun, comme à l'accoutumée. Ainsi au couplet 7 il fait remarquer à Legouvé qu'il est en âge de se marier :

"J'ai entendu dire, Monsieur Legouvé, que vous n'avez pas de femme ;
Épousez ici une belle et riche demoiselle;
Quand vous serez à Paris elle vous fera honneur."

 

Faisons remarquer que si ce poème est resté vivant à Barcus et les environs, c'est que l'on a quelque peu changé le texte. Ainsi du nom de Legouvé, les Barkoxtar ont fait sans vergogne Musde Hegobe

Le deuxième document (MS 59) est en meilleur état et le texte plus lisible. Il est un peu plus court que l'autre : il compte neuf couplets. Jean Haritschelhar pense que les deux poèmes ont sans doute été composés à la même époque. Comme dans le poème précédent, Etxahun est élogieux. Le poète n'hésite pas à louer Clérisse :

"La beauté de l'esprit est l'humilité,
Mais chez Monsieur Clérisse ces deux qualités existent."

 

D'après Haritschelhar ces deux poèmes sont de 1833, et peut-être ces messieurs les reçurent-ils le 29 octobre 1833.

Enfin en 1834, Etxahun composa le poème qui raconte sa vie, et comme promis, il le donna à Clérisse et Legouvé. Vraisemblablement et selon tous les chercheurs, l'année de composition est bien 1834. Le poème est composé comme un autoportrait. Etxahun raconte quelle a été sa vie, époque après époque. Disons que là apparaît le don magique d'Etxahun : avec le moins de mots possible, les couplets s'enchaînent riches, puissants et rigoureux.

Voici, par exemple, le couplet qu'il écrit contre sa mère :

"La première année j'étais chétif;
Ma mère était aussi sèche de coeur que de mamelle,
Je criais de mon berceau car j'avais faim ;
Ma mère, par contre, n'avez cure de mes pleurs
Désirant que Dieu me rappelât à lui."

 

Ce poème et sa traduction sont dans le fonds Péria.

   
MS 63 [Poème de la vie d'Etchahun] 6 p., 20 x 13 cm, Monsieur le procureur du roy… MS 64 [Traduction du poème de la vie d'Etchahun] 6 p., 22 x 17 cm

Le premier document (MS 63) a été bien conservé. Il compte six feuilles. Celles-ci sont cousues en cahier, contrairement aux autres manuscrits d'Etxahun. L'écriture en est bien lisible, claire et aérée. Le poème compte quelque 48 versets, donc presque un verset pour chaque année d'Etxahun.

Le deuxième document (MS 64) est la traduction française du poème. L'écriture n'est pas celle d'Etxahun. Pour Harischelhar pas de doute : la traduction est de quelqu'un d'autre. Le document n'est pas signé.

 

Conclusion

Pour terminer, disons que les poèmes d'Etxahun Barkoxe ont toujours été douloureux, pour lui-même et pour son entourage. Longtemps Etxahun fut un maudit à Barcus. Sa vie négligente, instable et atypique, éveilla la méfiance des villageois et ternit sa réputation pendant longtemps. Haritschelhar lui décerne le titre inaccoutumé de barde (koblakari). Grâce à Haritschelhar, Etxahun, de rien est devenu un poète.

Les poèmes d'Etxahun ont été beaucoup chantés, mais on a aussi fait silence sur certains autres. Grâce à Ximun Haran de nombreux chants d'Etxahun ont été gravés et par là, sauvés. C'est ainsi que la jeune génération, dont je suis, a appris les chants d'Etxahun. Il suffit d'écouter le chanteur Lohidoy de Barcus interpréter les chants d'Etxahun pour entendre toute la tragédie qui découle de ces vers, et les souffrances qu'a dû subir l'auteur.

La vie de ce surprenant barde a été extraordinaire, en font foi les documents du Musée Basque de Bayonne. Il y en a d'autres aux archives départementales ainsi qu'aux archives d'Agen. Ils relatent de près les événements de sa vie, moments durs ou non. Ces documents sont ouverts à tout le monde. Petit à petit ils seront à la portée de tous grâce au site bilketa.eus. La numérisation permettra à chacun non seulement de chanter les poèmes d'Etxahun mais aussi d'avoir accès à ses écrits que l'on pourra lire à Barcus, dans les villages d’alentour, au Pays Basque et dans le monde entier.

Les manuscrits numérisés

Retrouvez les manuscrits numérisés sur Bilketa :

 

Bibliographie

 

Note

Les textes et dates entre crochets sont de la main des bibliothécaires.

 

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