Jean-Baptiste Camoussarry (1815-1842)

Né le 17 février 1815 dans une maison de la rue Pocalette à Ciboure, Jean-Baptiste Camoussarry perd son père, marin, très tôt – à l’âge de deux mois – suite à un accident de pêche. Destiné à la prêtrise, il est ordonné par Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, le 22 décembre 1839. Il enseigne ensuite quelques temps au Petit séminaire de Larressore, avant d’être nommé vicaire à Saint-Jean-Pied-de-Port en octobre 1839. Sa santé précaire l’oblige toutefois à abandonner son ministère et à se retirer chez sa mère, à Ciboure, où il meurt de la tuberculose le 21 août 1842, à l’âge de 27 ans.

Né le 17 février 1815 dans une maison de la rue Pocalette à Ciboure, Jean-Baptiste Camoussarry perd son père, marin, très tôt – à l’âge de deux mois – suite à un accident de pêche. Destiné à la prêtrise, il est ordonné par Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, le 22 décembre 1839. Il enseigne ensuite quelques temps au Petit séminaire de Larressore, avant d’être nommé vicaire à Saint-Jean-Pied-de-Port en octobre 1839. Sa santé précaire l’oblige toutefois à abandonner son ministère et à se retirer chez sa mère, à Ciboure, où il meurt de la tuberculose le 21 août 1842, à l’âge de 27 ans.

Poète, il a peu écrit (nous connaissons 21 de ses poèmes) mais a eu une influence considérable auprès d’une nouvelle vague d’auteurs.  Il a notamment prodigué son enseignement au séminaire de Larressore à deux jeunes garçons prometteurs : Jean-Baptiste Elissamburu (1er prix des jeux floraux de 1855, 1858, 1862, 1866, auteur de Ikusten duzu goizean…) et Gratien Adéma, dit Zalduby (1er prix des jeux de 1873, auteur de Gauden gu euskaldun). Sauvé de l’oubli  par ses élèves qui conservent, transmettent et réécrivent ses œuvres, Camoussarry devra attendre l’année 2006 pour être publié (Poema minberak, Editions Hiria).

Les manuscrits de Jean-Baptiste Camoussarry

La Bibliothèque du Musée basque et de l’histoire de Bayonne possède trois cahiers manuscrits regroupant une partie de cette œuvre, dont deux numérisés dans le cadre de Bilketa : Poésies basques de M. Camoussarry et [Poésies en euskera] Pour Monsieur Barnetche. Le premier pourrait, selon Jean Haritschelhar, être de la main de l’auteur, et le second une copie posthume. 17 poèmes apparaissent dans chacun des manuscrits, mais 15 d’entre eux sont présents dans les deux cahiers. 19 poésies différentes, donc, auxquelles on pourrait ajouter trois des poèmes publiés par Piarres Lafitte dans l’hebdomadaire Herria en 1963 : Mariñelaren kontrapasa, Amets-herria et Anaiak bezala.

Le manuscrit « Poésies basques de M. Camoussarry »

Sur les 17 poèmes du recueil, 11 sont purement religieux, ressassant le combat du bien contre le mal, et l’idéal de pureté. Deux sont des chants épiques à la gloire d’Harispe,  général napoléonien de Saint-Étienne-de-Baïgorry et de Zumalakarregi,  général carliste de Zegama, loués pour leur courage dans la défense du Pays basque, de la foi et du conservatisme. Un de ces poèmes (Basa-koplariari) est une charge violente contre certains improvisateurs, trois poèmes, d’inspiration plus romantique, montrent l’obsession de la mort chez cet orphelin à la santé fragile :

Menditik nola doha

 Menditic nola doha Ura itsassorat; Hala ni banioha Lasterca tombarat, Acabo da acabo Neretçat denbora Banoa Seculaco  Hillen herritara

Menditic nola doha
Ura itsassorat;
Hala ni banioha
Lasterca tombarat,
Acabo da acabo
Neretçat denbora
Banoa Seculaco
Hillen herritara

Comme de la montagne
L’eau descend vers la mer;
Voilà que moi je vais
En courant vers la tombe,
Le temps pour moi
Est terminé
Je vais pour toujours
Au pays des morts

Bildoxari oxoa
Nola çaio lotcen
Arranoac urçoa
Nola baitu harcen;
Hala nau herioac
Cruelqui sesitcen
Oi ene heiagorac
Ez du ez hunkitzen

Comme le loup
S’empare de l’agneau
Comme l’aigle
attrape la palombe ;
C’est ainsi que la mort
Me saisit cruellement
Oh ! mon cri
Ne la touche nullement

Sur la mort d’un ami

 Hemeretci urthiac ez ditut oraindic Eta hurbildua naiz hobiat jadanic O ene Jauncoicoa, hauche da lastima! Horren laster ustia aita eta ama!

Hemeretci urthiac ez ditut oraindic
Eta hurbildua naiz hobiat jadanic
O ene Jauncoicoa, hauche da lastima!
Horren laster ustia aita eta ama!

Je n’ai pas encore dix-neuf ans
Et je suis déjà proche de la tombe
Oh ! Père très haut, quelle peine !
D’abandonner si tôt père et mère !

Osasun handi batez beti lagundua,
Aurpegiaz ederra, oroz maithatua
O ene jaungoicoa, etc (comme en haut)
Colpesco herioac tombarat narama.

Toujours favorisé par une bonne santé,
Beau de visage, aimé de tous
Oh ! Père très haut, voici toute la douleur !
La mort subite m’emmène à la tombe.

Ene liraren auhenak

 Oraino deusec bidean Ez nindun trabatu, Ez dut ene ixassoan Arrocaric aurkitu Helas! Orai naicenean Porturat Allegatu, Behar naiz ni uhimpean Uhimpean funditu

Oraino deusec bidean
Ez nindun trabatu,
Ez dut ene ixassoan
Arrocaric aurkitu
Helas! Orai naicenean
Porturat Allegatu,
Behar naiz ni uhimpean
Uhimpean funditu

Jusqu’à présent sur ma route
Rien ne m’avait entravé,
Je n’ai pas croisé
De rochers dans mon océan
Hélas ! maintenant
que j’arrive au port,
Je me vois périr
Périr au fond de l’eau.

Harat hunat hegaldatcen
Ikus çaçu paluma
Maiteki pasca bilhatcen
Bere umentcat ama
Loxaric, beldurric gabe
Hor hemenca dabilla
Ez du gogoan deus ere
Baicen bere familla

Regardez la palombe
Volant de-ci de-là
Cherchant avec amour de la nourriture
Mère pour ses enfants
Sans honte, sans peur
Elle va de-ci de-là
Et n’a rien d’autre en tête
Que sa famille.

Gachoa ceru goratic
Miruac ikusi du;
Haren astaparretaric
Norc, oi norc kenduko du.
Yadan airean behera
Tiroaren pareco
Hegastin tzarra gainera
Gachoari dohaco.

Le Milan a vu la malheureuse
Du haut des cieux ;
Qui, Oh, qui la soustraira
A ses serres.
Déjà, plongeant dans les airs,
Tel un coup de feu,
L’affreux volatile
Est sur la malheureuse.

Le manuscrit « [Poésies en euskera] Pour Monsieur Barnetche »

Le second manuscrit est un recueil réalisé à titre posthume. Certaines annotations ne laissent aucun doute sur la question (« composé en janvier 1842, il meurt le 21 août de la même année »). Sur les 17 textes présents, seuls deux ne sont pas présents dans le premier.  Il s’agit d’Alexisen heriotza (la mort d’Alexis), un dialogue entre deux bergers sur la mort et Eskatima bat Garazin (Une dispute à Garazi), la chronique d’un différend judiciaire entre deux personnalités locales.

Les autres textes sont présents dans les deux cahiers, mais sous des formes généralement différentes. Les changements sont parfois mineurs, comme sur un chant de Noël où « Christau onac boscarioz abia gaiten cantatzen » (Bon chrétien, chantons avec joie) devient « Arcainekin boscarioz abia gaiten cantatzen » (Avec les bergers, chantons avec joie), ou beaucoup plus profonds : Ene liraren auhenac, par exemple, passe de 6 couplets à… 16.

L’une des curiosités de ces cahiers, tranchant avec les textes religieux ou cet imaginaire de la mort qui fait de Camoussary l’un des pères du romantisme basque, est le texte basa coblariari que l’on retrouve dans les deux cahiers. Il s’agit d’un violent réquisitoire contre les « improvisateurs sauvages », ces poètes populaires qui s’abaissent à traiter (trop pauvrement) de sujets pas assez sérieux. Une analyse de ces vers, et des replacements dans leur contexte social avaient été réalisés par Jean Haritschelhar en 1986.

 Hunat ene aincinerat O coplari escalduna Nic eramanen daroat Cantatceco umo ona. Boca makur tcar bategin Bersu tcharragoco batçuc Aire lele batçuekin Cantatcen ohi dauzkiguk

Hunat ene aincinerat
O coplari escalduna
Nic eramanen daroat
Cantatceco umo ona.

Ici, devant moi,
Oh ! improvisateur basque !
Je vais te donner bonne
humeur à chanter.

Boca makur tcar bategin
Bersu tcharragoco batçuc
Aire lele batçuekin
Cantatcen ohi dauzkiguk

D’une voix fausse et faible,
des vers plus faibles encore,
sur un air stupide
tu as pris l’habitude de nous chanter.

Ona dic ona gogoa
Hire encuten dagoenac
Ederra duc bai orroa
Coplac aldis den tcharrenac

Il a bon esprit, certes,<50%> celui qui reste à t’écouter :
Il est beau ton cri,
La strophe au contraire la plus lamentable qui soit.

Ez du copla moldatceco<
Hainits ensegu eginen
Astokeria bai asko
Nahi baduçu erranen

Il ne fait pas grand effort
pour agencer sa strophe,
grandes âneries il dira
si vous le désirez.

(Traduction Jean Haritschelhar)

 

Les manuscrits numérisés

Retrouvez la version numérique de ces manuscrits sur Bilketa :

La transcription du troisième cahier du Musée basque (Recueil des chansons composées par feu M. l'Abbé Jean-Baptiste Camoussary) est disponible sur le site Klasikoen Gordailua.

Bibliographie

 

Quelques textes de Camoussarry

Mariñelaren kontrapasa

Mariñela,
Zuk beti ezin egona!
Ohetako,
Itsaso gazi urdina!
Teilatutzat,
Zeruko hedoi arina!
Begietan
Izarren argi gordina!
Kulunkari,
Beladun untzi sorgina!

Hargatik, hargatik,
Ez gal gogotik
Zure goait, zure goait
Dagola norbait
Itsas-hegitik!

Mariñela
Zuk laket aize bizia!
Ez astio
Uhainen jantza-jauzia!
Bainan nunbait
Lore bat, dena grazia,
Begi urdin,
Sudur motx, ilhe hartzia,
Zure beha
Badago urthe guzia...

Geroztik, geroztik,
Ez gal gogotik
Zure goait, zure goait
Dagola norbait
Itsas-hegitik.

Mariñela
Lanjerra duzu ikasi:
Zonbat neska
Hor gaindi ere ikusi,
Bakar batzu
Ez baizitzaizun itsusi:
Ba ahal zira
Hetarik eman ihesi
Ez baitautzu
Bihotza nehork ebatsi!

Nehundik, nehundik
Ez gal gogotik
Zure goait, zure goait
Dagola norbait
Itsas-hegitik.
 

Voir la version de Jojo eta Ramuntxo sur youtube : https://youtu.be/zyXwRIciwN0

 

Menditik nola doa

Menditik nola doa
Ura itxasorat,
Hala ni banihoa
Lasterka tonbarat;
Akabo da akabo
Neretzat denbora,
Banoha sekulako
Hillen herritara

Bildotsari otsoa
Nola zaio lotzen,
Arranoak urzoa
Nola baitu hartzen,
Hala nau herioak
Kruelki sesitzen.
Oi! Ene heiagorak
Ez du ez hunkitzen.

Aspaldian fuinetan
Nakarken sartua,
Hilherrirat naraman
Min pozoindatua
Dolorezko ohean
Otai itzatua,
Sentitzen dut zainetan
Odola hoztua,

Zihoa nola baitu
Su gorriak urtzen
Hal’ene bizia du
Gaitzak iraungitzen;
Ez dut ez gehiago
Sentitzen bizirik,
Hil baino lehenago
Hila naiz jadanik.

Trunko baten pareko
Ohean etzana,
Ene gorputza dago
Gaitzak hurren jana;
Ezin ditazke higi
Ene menbro hotzak,
Mihia faukat lodi,
Begiak zorrotzak.

Jadanik ezin adi
Mintzo zaizkidanak,
Erdi ikusten, erdi,
Nere maiterenak;
Hélàs! Hil aitzineko
Izerd’hormatuak,
Dauzkit behin betiko
Gogortu menbroak.

Orduan apezari
Oihu deihadarra,
Hiltzen naizela ari
Har dezan lasterra;
Ama zaizko eman
Nigar marraskari.
Hélàs! Etsimenean,
Nigarra sokorri!

Eriaren otoitza
Duela egiten,
Daut azken laguntza
Apezak emaiten:
"Arima girixtino,
Jinkoaren haurra,
Hoa, parti adi, dio,
Abramen soinera."

Dolamenekin gero
Zeruko sainduak,
Neretzat bitarteko
Dire galdetuak.
Jendeak belauniko
Ene ingurutan,
Halabiz errateko
Ene fagoretan.

Bolsua zaut baratzen,
Xipitzen bihotza,
Ai! Ezin diot hatsa;
Har zazu, o, Jainkoa,
har ene arima!
Banoa, ah! banoa,
Adi, adi, ama!

Ene arima gan da,
Bertze mundura, gan;
Dohatsua hil bada
Jaunaren bakean.
Lurrean da gelditu
Ene gorputz hotza,
Haragi erd’usteldu,
Hiruta afrusa.

Bertzek daute zerratzen
Aho gogortua,
Bertzek erhiez hesten
Begi ubeldua;
Mihise zahar baten
Barnean gordea,
Naute kaxan ematen.
Oi, ene zortea!

Oihu minez ezkillak
Mezutzen du jadan,
Gizon bat, herioak
Duela eraman.
- Jinkoak diolea
Miserikordia -
Diote berehala,
Eta horra guzia

Basa-Koplariari

Hunat ene aintzinerat
O, koplari eskalduna!
Nik eramanen daroat
Kantatzeko umor ona.

Boza makur txar batekin,
Bertsu txarragoko batzuk,
Aire lele batzuekin
Kantatzen ohi dauzkiguk.

Ona dik, ona gogoa
Hire entzuten dagonak,
Ederra duk orroa
Kopla aldiz den tzarrenak.

Ez du kopla moldatzeko
Hanitz entsegu eginen,
Astokeria bai asko,
Nahi baduzu erranen.

Buztana badauka behin,
Buruaz ez du kasurik:
Monstro bat dezan eragin
Ez du ez, axolarik!

Oi, sensu gabeko kopla!
Egilleari didurik;
Badakigu ez duela
Koplariak ez sensurik.

Adi zazue kantatzen,
Boza morgan dardaratzen;
Au ixilik koplaria!
Hausten dautak beharria.

Zer erran nahi deraukun
Ez dezakegu ez, adi:
Xuxen, makur, ezker, eskun,
Oi! Badarasa zer nahi.

Eginen dauzu zer nahi
Lokarria kausitzeko,
Burua ez denian ongi
Buztanari da lotuko.

Bazka ona ikustean,
Nola astoak irrintzina,
Hala arnoa dastatzean
Koplariak umor ona.

Tripa arnoaren suaz
Duenian berotua,
Ergelkeria kantaz
Hausten dautzute burua.

Zerratu behar badire
Presondegian zoroak,
Zerra beraz, zerra ere
Basa koplari erhoak.

Ezin detzake arrima
Lau bertsu txar elgarrekin,
Ez baditu, o lastima!
Lokarritzat lau hitz zikin.

Hik galtzen duk hire koplaz,
Jakin ezak hire krima,
Jesu Kristoren odolaz
Erosia den arima.

Zenbat gure herrietan
Ez dire gastatzen hasi,
Gaizkia hire kopletan
Zeren baitute ikasi.

Ikara hadi, tristea!
Laster bahoa tonbarat,
Ikusak hire zortea!
Kantaz hoa ifernurat.

Ene liraren auhenak

Oraino deusek bidean
Ez ninduen trabatu,
Ez dut ene itxasoan
Arrokarik aurkitu;
Helas! Orai naizenean
Porturat allegatu,
Behar naiz ni uhinpean,
Uhinpean funditu.

Harat hunat hegaldatzen
Ikusazu paluma,
Maiteki pazka bilhatzen
Bere umentzat, ama.
Lotsarik, beldurrik gabe,
Hor hemenka dabilla,
Ez du gogoan deus ere
Baizen bere familla.

Gaxoa! Zeru goratik
Miruak ikusi du;
Haren aztaparretarik,
Nork, oi, nork kenduko du!
Jadan airean behera,
Tiroaren pareko,
Hegaztin tzarra gainera,
Gaxoari doako.

Egik auhen ene lira!
Egik minki auhena!
Ni nauk, ni, paluma hura
Herioak naukana!
Arimentzat bazka biltzen
Trankilki nabillala,
Gaitzak niauk arrapatzen.
Zortearen krudela!

Seme batek utzi zuen
Bere ama emea,
Utzi nahi ez baitzuten
Amarekin semea.
Haurrak zuen maite ama,'
Amak ere bai haurra,
O, dolore! O, lastima!
Separatze gogorra!

Amaganik urrun dela,
Gaitzak hartu du haurra.
Amaren zorte krudela!
Haurra doako hiltzera;
Bere haurra hi! galduz geroz
Amak du hil beharko:
Ez bide da bizitzekotz,
Haurra gabe biziko.

Egik auhen ene lira!
O, dolore ! O, lastima!
Ni nauk, ni nauk seme hura,
Ama hura, ene ama!
Ni bakarrik zahartzeko
Esperantza nindian,
Ez dik nihork altxatuko
Oi, erortzen denian!

Jauna, zuk ene bizia
Hartu nahi baduzu,
Zu zare ene nausia,
Zurea da, har zazu.
Gogotik dautzut emaiten,
Jauna, ene arima,
Zure eskuetan dut uzten
Hiltzerakoan, ama.

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