Le journal maritime de Bayonne du 23 avril 1757

 

Les corsaires de Bayonne

Entre les XVe et XIXe siècles, la mer est un immense champ de bataille où les royaumes s’affrontent. Face à la suprématie navale de certains pays tels que l’Angleterre, ses opposants se renforcent en faisant appel à des civils auxquels ils confient le droit d’attaquer, d’aborder et de saisir tout vaisseau voguant sous pavillon ennemi. Ces civils, dont les activités diffèrent de celles des vulgaires pirates du fait de leurs autorisations légales d’exercer et de leur obligations de respecter un certain nombre de lois de guerre, seront nommés corsaires et prendront au cours des siècles une importance grandissante dans toutes les guerres navales.

La guerre de course (le nom officiel du recours à des corsaires) sera abolie par un décret international de 1856.

Vue de la ville et du port de Bayonne : prise de l'allée Bouflers près la Porte de Mousserole, par Jacques-Philippe Le bas [1764]

Le journal maritime de Bayonne de 1757

Durant ces siècles, de nombreux navigateurs basques se distingueront dans cette activité risquée, mais lucrative. Saint-Jean-de-Luz et Ciboure s’urbaniseront et s’enrichiront. Bayonne n’est pas en reste et tire une grande fierté de ses corsaires. Le plus vieux journal des fonds basques de Bilketa leur est d’ailleurs consacré. Il s’agit du Journal maritime de Bayonne, dont un seul numéro est parvenu jusqu’à notre époque : le n° 17 daté du 23 avril 1757, conservé à la Médiathèque de Bayonne.

Cet hebdomadaire de petit format (145x205), paru « avec permission » (du conseil municipal) retranscrit les nouvelles des vaisseaux corsaires rattachés au port de Bayonne. Ainsi entre le 16 et le 23 avril 1757 les informations relatées sont les suivantes:

  • Le Conflant a coulé, non en zone de guerre, mais suite à une erreur de manœuvre dans la rade de Saint-Sébastien. Heureusement, « peu de personnes ont péri dans ce naufrage » ;
  • La Représaille est rentré au port et sera désarmé ;
  • Les prises de guerre réalisées par Le Conflant (des  chargements de sucre) sont en route via la Corogne et Vivero ;
  • L’intrépide a fait une nouvelle prise de riz ;
  • Le comte de Gramont est en réparation à la Rochelle après avoir subi le mauvais temps et échappé à un piège ennemi «Il avoit rencontré le lendemain de sa sortie de ce port, dans la nuit, une frégate de 20 canons contre laquelle il eut un petit choc. Le jour étant venu, il s’aperçut que cette frégate cherchoit à l’attirer au milieu de 4 gros vaisseaux plus éloignés, et ile se détermina à l’abandonner. »

Enfin, sont rappelées les règles édictées par les Maires et échevins concernant la gestion des malades sur les bateaux rentrant au port qui devront être « transportés dans une barraque préparée au bas de la rivière, pour qu’au moyen des secours qui leur seroient fournis, de la bonté du terrain et de la pureté de l’air, ils soient promptement rétablis. » Ainsi que les préconisations aux capitaine pour éviter les maladies : « On exhorte les capitaines des corsaires à user de beaucoup de propreté dans leurs vaisseaux, à les faire souvent nétoyer et parfumer, à avoir l’attention de fournir de bons alimens au gens de leurs équipages, à les faire tenir proprement, afin que la vermine ne les gagne pas, et à faire promener au grand air ceux qui seront attaqués de maux de cœurs ou d’estomac. »

Le document numérisé

Retrouver le document numérisé sur Bilketa : http://gordailu.bilketa.eus/notice.php?q=id:57561

Retranscription

N°17
JOURNAL MARITIME DE BAYONNE
Du 23 avril 1757,

Le 16, à sept heures du matin, la frégate le Conflant eut le malheur de se perdre dans la rade de Saint-Sébastien. Les pilotes Espagnols qui étoient à bord, causèrent cet accident par une manœuvre trop précipitée. On ne sauvera que très peu de chose des agrès de ce vaisseau, dont la marche supérieure rend la perte plus sensible. Peu de personnes ont péri dans ce naufrage. Le sieur Balanqué qui le commandoit, attendit sans se presser le secours qu’on lui envoya, et profita de la chaloupe du corsaire  la Représaille pour y embarquer les deux otages dont on a parlé dans la dernière feuille, qu’il a conduits depuis dans cette ville.

Le 19, la Représaille, rentra dans ce port, et y débarqua ses prisonniers. Dans une assemblée des intéressés dans ce corsaire, il a été décidé  qu’il seroit désarmé, n’ayant plus que dix-huit jours pour finir la campagne de 90 jours de mer.

Le 22, on a été informé par un exprès de l’arrivée à la Corogne de la prise chargée de sucre, expédiée le 28 mars par le corsaire le Conflant, et il y a lieu d’espérer que les deux derniers sont arrivées à Vivero.

Le corsaire l’Intrépide étoit aussi de relâche à la Corogne. Il a fait une nouvelle prise chargée de ris, etc. dont on n’a pas eu de nouvelles.

La frégate le comte de Gramont est de relâche à Rochefort pour réparer quelque dommage survenu dans la mâture peu de jours après son départ, par trois jours de très-mauvais temps qu’il a essuyé. Le capitaine Garralon se trouvant à peu de distance de ce port, a préféré d’y relâcher dans les premiers jours pour prendre les rechanges nécessaires, au cas que les mâts de hune qu’il étoit obligé de substituer à ceux qui lui ont manqué, vinssent à avoir quelque nouvel échec. Il  avoit rencontré le lendemain de sa sortie de ce port, dans la nuit, une frégate de 20 canons contre laquelle il eut un petit choc. Le jour étant venu, il s’aperçut que cette frégate cherchoit à l’attirer au milieu de 4 gros vaisseaux plus éloignés, et ile se détermina à l’abandonner. Tous les officiers vantent les bonnes qualités de ce navire ; et par la lettre du capitaine, on a tout lieu de croire qu’il est actuellement sorti de Rochefort pour reprendre sa croisière.


Sur le rapport fait aux Maires et Echevins de cette ville, qu’il y avoit dans le corsaire  le Conflant de ce port, des maladies occasionnées par les effets de la mer qu’éprouvent ordinairement les gens peu accoûtumés à naviguer ; ils ont ordonné que tous les malades seroient transportés dans une barraque préparée au bas de la rivière, pour qu’au moyen des secours qui leur seroient fournis, de la bonté du terrain et de la pureté de l’air, ils soient promptement rétablis. On exhorte les capitaines des corsaires à user de beaucoup de propreté dans leurs vaisseaux, à les faire souvent nétoyer et parfumer, à avoir l’attention de fournir de bons alimens au gens de leurs équipages, à les faire tenir proprement, afin que la vermine ne les gagne pas, et à faire promener au grand air ceux qui seront attaqués de maux de cœurs ou d’estomac. On leur recommande de plus de mettre et laisser à terre sous les hommes qui seront malades au momens de leur départ pour aller en course. Ils sont aussi prévenus qu’on visitera désormais au bas de la rivière tous les corsaires qui reviendront de leur croisière, et que les dépenses des malades seront à la charge et aux frais des armemens.

A BAYONNE,

De l’imprimerie de JEAN FAUVET, près les Cinq-Cantons,

Avec Permission

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