Le voyage au travers des images

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, l’essor de la photographie – qu’elle soit classique ou stéréoscopique – permet de faire découvrir les paysages pittoresques des quatre coins du monde et de la France. L’image se démocratise et l’apparition de la carte postale permet de la faire circuler sur tous les territoires.

Accompagnant cet engouement pour la découverte de nouvelles régions, mais prenant le réalisme de la photographie à contre-pied, quelques rares éditeurs publient des recueils plus artistiques de ces paysages que le tourisme découvre à peine.

L’une des techniques utilisée alors est la gravure sur bois. Il s’agit de l’un des plus anciens procédés d’impression, connu dès le VIIe siècle en Chine, et depuis le XVe siècle en Occident. Il s’agit de sculpter un dessin sur une planche en bois, en laissant intactes (et donc en relief) les parties à coloriser, et en creux les parties que l’on souhaite blanches. Les parties en relief sont ensuite encrées, au rouleau ou au tampon, puis pressées sur une feuille de papier. L’encre des reliefs s’imprime sur le papier, et le dessin est reproduit en miroir. La plupart des œuvres sont donc en noir et blanc, sans nuances de gris, ou bi-chromatiques si l’artiste produit deux planches de la même œuvres, creusées différemment, afin d’appliquer d’abord la couleur, puis le noir.

Aux alentours de 1920, une maison d’édition de Cognac dénommé Chantecler travaille en partenariat avec le graveur Edmond Baugé pour une série de ce genre.

Edmond Baugé (1891-1920)

Edmond Baugé est né en 1891 et a été formé à l’école des Beaux-Arts de Rennes.Durant la guerre, s’il réussit à éviter les balles ennemies, il contracte lors de son séjour dans l’armée une tuberculose qui le laissera affaibli. En 1917, il se fait connaitre comme aquafortiste. Un entrefilet du quotidien toulousain L’express du midi du 20 mai 1917 souligne la qualité de son exposition sur Saint-Bertrand-de-Comminges. Suivront également des représentations de Saint-Nazaire, de Carcassonne, Saint-Paul-Serge de Narbonne, la cathédrale de Nantes, Saint-Maurice à Angers et les châteaux de Blain et de Chateaubriand.

Entrefilet de l’Express du midi sur Edmond Baugé - Rosalis - bibliothèque numérique de Toulouse

Il travaillera ensuite avec les éditions Chantecler sur plusieurs projets, autour de la gravure sur bois.

L’un de ses plus beaux travaux restera l’œuvre qu’il a consacrée aux jardins d’Arnaga (Au jardin d'Arnaga, 1920), une série de 15 gravures sur bois dont les croquis originaux avaient été choisis par Edmond Rostand lui-même.

Extrait de Au jardin d’arnaga, éditions chantecler, [1920]

Il illustrera également Esquisses basques, un recueil de nouvelles de René Nadaud, mais ne pourra finir le travail entamé autour de La cité de Carcassonne, la maladie l’emportant alors qu’il n’a terminé que 7 planches sur les 12 qu’il avait envisagées. L’ouvrage paraîtra tout de même à titre posthume en 1921.

Extrait de l’Art et les artistes d’octobre 1921

Eskual Herria, Gravures sur bois par Edmond Baugé

En 1920, il publie une œuvre désormais très rare, intitulée Eskual Herria, Gravures sur bois.

Cette série de 10 gravures est très plaisante par la qualité des dessins et la finesse des gravures, et elle contraste avec les documents purement touristiques que l’on trouve par ailleurs à cette époque. Le titre est en partie en basque, chose rare à l’époque (Eskual Herria = Pays basque), et le choix des images s’éloigne un peu des parcours habituels. En effet, si le parcours débute par l’incontournable Bayonne, avec une vue depuis le pont du Génie et une vue du cloître, il se poursuit par le fronton d’Urrugne qui n’est habituellement que peu représenté, puis les classiques Saint-Jean-de-Luz, Cambo et Saint-Jean-Pied-de-Port, mais s’éloigne également par une représentation de la maison Haursaina, dont la localisation reste inconnue, et Ainhoa qui restait à l’époque relativement confidentielle.

La dernière image est peut-être celle qui contraste le plus avec les images véhiculées par les cartes postales de l’époque. Il s’agit de l’hiver : un Pays basque sous la neige qui continue à exister même sans soleil, même sans touriste pour l’admirer.

Bayonne – Pont du Génie

 

Bayonne – Le Cloître (XIVe siècle)

 

Urrugne – Le fronton de pelote

 

Saint-Jean-de-Luz – Le quai, l’église et la Maison Louis XIV

 

Cambo – L’église

 

Maison basque à Bas-Cambo

 

Maison basque à Haursaina

 

Saint-Jean-Pied-de-Port – La Nive et l’Eglise

 

Ainhoa – Le clocher et le Cimetière

 

L’hiver

Le document numérisé

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