"Toutes les grottes du monde se ressemblent plus ou moins ; leurs galeries, leurs stalactites, leurs dômes sont de même architecture. Les mêmes mystérieux Génies, — ceux qui inventent les formes des lentes cristallisations, ceux qui président aux métamorphoses de la matière inorganique, — ont pris soin de diriger, pendant des millénaires, avec des patiences éternelles, leur ornementation blanche.

Celle d'Isturitz mérite d'être vue, bien qu'il en existe assurément de plus étonnantes.

Elle est située au cœur du vieux pays Basque, où nous nous enfonçons par des chemins ombreux, à travers des ravins et des bois. A mi-côte, elle s'ouvre dans le flanc d'une montagne sauvage. (...)"

Pierre Loti, portrait gravé d’après Eugène Abot - source wikipedia

Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti (1850-1923) fut un grand voyageur durant toute sa vie. Il termine sa vie au Pays basque, à Hendaye.

Outre Ramuntxo, il écrit de nombreux textes sur le Pays basque afin de faire découvrir la richesse de son pays d'adoption.

En septembre 1893, il raconte sa visite dans le monde enchanteur de la Grotte d’Isturitz (Oxocelhaya ne sera découvert qu’en 1929)

 

 

La Grotte d’Isturitz   Izturitzeko harpea
Toutes les grottes du monde se ressemblent plus ou moins ; leurs galeries, leurs stalactites, leurs dômes sont de même architecture. Les mêmes mystérieux Génies, — ceux qui inventent les formes des lentes cristallisations, ceux qui président aux métamorphoses de la matière inorganique, — ont pris soin de diriger, pendant des millénaires, avec des patiences éternelles, leur ornementation blanche.   Mundu guziko harpeek gutxi-gorabehera elkar eite dute; haien galeriak, haien estalaktitak, haien kupulak arkitektura berekoak dira.  Jeinu misteriotsu berek, - kristalizazio baratzen formak asmatzen dituztenak,  ekai ez-organikoen metamorfosiak agintzen dituztenak, - artoski zuzendu dut, milaka eta milaka urtez, betiereko pazientziarekin,  haien ornamentazio zuria.
Celle d'Isturitz mérite d'être vue, bien qu'il en existe assurément de plus étonnantes.   Izturitzekoak ikustekoak dira, nahiz eta segurki harrigarriagokoak badiren.
Elle est située au cœur du vieux pays Basque, où nous nous enfonçons par des chemins ombreux, à travers des ravins et des bois. A mi-côte, elle s'ouvre dans le flanc d'une montagne sauvage.   Euskal Herri zaharraren bihotzean kokatzen da, non bide itzaltsuetatik sartzen den, arroila eta basoen artetik. Malda erditsutan mendi salbaiaren mazelan irekitzen da.
D'abord il nous faut grimper par des petits lacets, au milieu des roches, des sources, entre des tapis odorants de menthes et d'œillets. La contrée d'alentour, à mesure que nous nous élevons, se découvre pareille jusque dans ses lointains : pastorale, toute d'ombre et de paix, avec de grands bois, et, çà et là, de vieilles petites églises noyées dans les arbres.   Lehenik, bihurgunez bihurgune igo behar da, arroken eta iturrien artetik, menda eta julufrai usainez beteriko tapizen artetik. Inguruetako herria, geroz eta goitiago ibiltzen gareno, berdin agertzen da urruneneraino: artzain-herri bat, dena itzal eta bakez osatua, baso handi eta, han-hemenka, zuhaitzen artean itotako eliza ttipi eta zahar batzuekin.
Un trou, fermé par un pan de maçonnerie et par une porte quelconque, c'est l'entrée de la grotte.   Zilo bat, hargintza zati eta ate arrunta batez hetsia, harpearen sarrera da.
Le paysan d'Isturitz, qui nous guide, nous ouvre avec une grosse clef, — et tout de suite nous pénétrons dans le mystère des régions souterraines, dans le noir, dans l'humidité froide, dans le silence aux sonorités effrayantes.   Izturitzeko baserritarrak, gidatzen gaituenak, giltza lodi batekin irekitzen digu, eta bat-batean sartzen gara lurpeko eskualdeen misterioetan, hezitasun hotzean, ozentasun beldurgarriko isiltasunean.
Nous descendons dans le gouffre par une pente roide. De plus en plus, au-dessus de nos têtes les plafonds s'élèvent, et les flammes de nos bougies y sont absolument perdues, comme dans les ténèbres d'une cathédrale.[…]   Leizera jausten gara malda zut batetik. Geroz eta gehiago, gure buruen gainean, soialua goratzen da, eta gure kandelen sugarrak han osoki galtzen dira, katedrala baten ilunpe baten bezala.[…]
Pierre Loti, septembre 1893
   

 

La Grotte d’Isturitz / [signé Pierre Loti] – source BnF http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54897701

 

Recherche

Rechercher un document

Rechercher un article

Tous les textes choisis

Textes choisis