[…] Le jeu de cartes que les Basques préfèrent est le muss. C’est un jeu évidemment emprunté aux Espagnols. Il se joue toujours avec des cartes espagnoles où, comme on le sait, le carreau est remplacé par la rose, le cœur, par la coupe, le trèfle par le bâton, le pique par l’épée. Une partie se compose de six points, appelés hamarreko (dizaines) ; il faut cinq jetons, valant par conséquent deux unités chacun pour faire un point. […]

Julien Vinson (1843-1926), né à Pondichéry, en Inde, arrive par hasard au Pays basque en 1866, au gré d’une mutation professionnelle (il est sous-inspecteur des eaux-et-forêts).

Linguiste renommé, il s’intéresse beaucoup à la langue basque, mais aussi au peuple basque, à ses coutumes, à son histoire et à son folklore.

Il publie de très nombreux ouvrages, dont l’incontournable Essai d’une bibliographie de la langue basque (1891) ou le Folk-lore du Pays Basque (1883).

Il publie également  en 1882 Les Basques et le Pays basque, mœurs, langage et histoire : une œuvre très complète dans laquelle il tente de décrire tous les aspects de la vie des Basques, y compris ce jeu de cartes auquel il semble n’avoir lui-même jamais joué : le mus.

  • Euskarazko testua ikusi

    Le jeu de cartes des Basques

    Le jeu de cartes que les Basques préfèrent est le muss. C’est un jeu évidemment emprunté aux Espagnols. Il se joue toujours avec des cartes espagnoles où, comme on le sait, le carreau est remplacé par la rose, le cœur, par la coupe, le trèfle par le bâton, le pique par l’épée. Une partie se compose de six points, appelés hamarreko (dizaines) ; il faut cinq jetons, valant par conséquent deux unités chacun pour faire un point.

    On commence par écarter [des cartes], si l’adversaire y consent, autant de fois que l’on veut, le plus beau jeu consistant à faire 31 points. Puis, on ne jette aucune carte sur la table, mais on propose à son adversaire un nombre de jetons quelconque, en pariant qu’on a telle ou telles cartes, et qu’ils ne les [a] pas : s’il refuse, on a gagné un jeton ; s’il accepte, on compare les jeux et, suivant que l’on a ou non des doubles ou paires, des petits (as, deux, etc…), des grands (figures) ou du jeu, on gagne ou l’adversaire gagne le nombre de jetons proposé. Quand on a trois doubles, qu’on appelle mediak, l’enjeu qu’on gagne est doublé ; de même, quand les propositions portent sur le jeu.

    L’adversaire peut, en acceptant (et pour cela il n’a qu’à dire iduki « tenu » ou daukat « je le tiens ») proposer un enjeu plus fort. S’il n’a rien, il répond  paso « je passe » ; celui qui lui faisait une proposition ne gagne et ne marque rien. On peut mettre en question toute la partie sur un seul coup, ce qui se fait en disant hor dago « (le jeu) demeure là ».

    Les Basques jouent le plus souvent au muss, à quatre, par partenaires : il y a certains signes de convention par lesquels les partenaires s’avertissent de leur jeu à la dérobée ; c’est même paraît-il, ce qui donne le plus d’animation et d’intérêt à la partie.

    Julien Vinson, extrait  de Les Basques et le pays basque : mœurs, langage et histoire, 1882

  • Voir le texte en français

    Euskaldunen karta jokoa

    Euskaldunek gehien maite duten karta jokoa muss jokoa da. Argiki espainolei hartutako jokoa da. Karta espainolekin jokatzen da, zeinetan, denek dakiten bezala, arrosak diamantea ordezkatzen duen, kopak bihotza, bastoiak hirusta eta ezpatak pika. Partida bat sei puntuz osatzen da hamarreko deitutakoak; bost tanto, ondorioz bi unitate bakoitzak balio dituztenak,  behar dira puntu baten egiteko.

    Abiatzen da [karta batzuk] baztertuz, aurkaria horretarako ados bada, nahi bezain bat alditan, joko ederrena 31 puntu osatzen dituena delarik. Ondotik, ez da karta gehiagorik mahaira botatzen, baina kontrakoari zenbait tanto proposatzen zaizkio, apostua eginez karta hau edo hura badugula, eta hark ez duela: uko egiten badio, tantoa bat irabazten da; onartzen badu jokoak konparatzen dira, eta doble edo  pare, ttikiak (bateko, biko, …), handiak (figurak)  edo jokoa dugun arabera, irabazten da edo aurkariak irabazten du finkatutako tanto kopurua. Hiru doble ditugularik, mediak deitzen direnak, apustua doblatua  da; berdin ere proposamenak jokoari lotuak direlarik.

    Aukariak, onartuz (eta horretarako aski zaio erratea iduki (“eduki”) edo daukat (“badaukat”), apustu handiago bat eskaini lezake. Ez badauka ezer, paso erantzuten dut; Eskaintza egiten zionak ez du, orduan ezer irabazten edo markatzen. Partida osoa balantzean ezartzen ahal da hor dago (“(jokoa) horretan gelditzen da”).

    Gehienetan, euskaldunak musean launaka ari dira, bikoteka : keinu konbentzional batzuk badira zeinen bidez partaideek beren jokoaren berri elkarri ematen duten, ezkutuan ; hor da, omen, partidari ekartzen zaioananimazio eta interesa.

Recherche

Rechercher un document

Rechercher un article

Tous les textes choisis

Textes choisis