[...] Beha nezak ongi, eta orhoit hadi!...zer! ez duk ezagutzen Piarres Adame?... Eta Saratarra haizela diok? Nork ez du ezagutzen Piarres Adame, Saran eta bertzetan, famaz bedere?... Behin ikhusi nauenak ez naik ahanzten!... [...]

 

Jean-Baptiste Elizanburu (1828-1891)

Au gré d’une des affectations de son père, douanier, Jean-Baptiste Elizanburu naquit  à Sare en 1828, dixième d’une fratrie de onze enfants. Orphelin à l’âge de sept ans, il put néanmoins grâce au soutien de son parrain suivre des études au séminaire de Larressore. Il put, en plus d’être formé aux «Humanités», être initié aux lettres basques (avec probablement comme enseignant Jean-Baptiste Kamusarri), et s’essaya dès lors à l’écriture de vers basques en compagnie de son camarade Gratien Adema (Zaldubi).

Au terme de ses études, il intégra l’armée française, dont il gravit progressivement les échelons. Il prit part à la guerre de 1870 comme lieutenant, et fut fait prisonnier par les Prussiens. Quelques années plus tard, il prit sa retraite et retourna vivre dans son village natal avec sa famille. Par la suite, il fut juge de paix sur le ressort d’Espelette, jusqu’à sa mort en 1891.

Elizanburu est surtout connu comme poète. Il laissa des ensembles de vers en assez faible quantité (14 chants), mais qui connurent une popularité certaine. Il remporta de nombreux prix au cours des jeux floraux qui émaillèrent cette 2ème moitié du XIXe siècle.

De nombreuses créations d’Elizanburu sont devenues des chansons populaires, encore connues et chantées aujourd’hui. La plus connue d’entre elles est sans doute l’incontournable  « Ikusten duzu goizean ».

Écouter la chanson interprétée par Oskorri :

Piarres Adame

Le roman parut en 1888 sous forme de livre, et il est considéré comme le premier roman basque, et donc novateur pour ce genre, hors du conformisme moraliste et traditionnaliste de l’époque. De plus, les spécialistes louent sa prose en basque, sa langue qualifiée d’expressive et de naturelle, au service d’un récit vif et captivant.

Le roman est singulier dans sa forme, puisque le récit, qui narre le cheminement de Sare à Olhette de Piarres Adame accompagné du jeune Pello, entrecoupé des souvenirs de jeunesse du vieil homme, tient sur un intervalle de temps limité, allant du lundi matin (deuxième jour des fêtes d’Olhette) au lendemain midi.

De même, l’œuvre est très courte : le livre ne compte que huit chapitres, et elle est manifestement inachevée, puisque la dernière phrase en est : « Ceci est, cher lecteur, la fin des histoires de l’enfance de notre vieil ami, soit la fin de la première partie ».

Autre marque de l’attachement fervent d’Elizanburu à son village natal, Piarres Adame qui est un pseudonyme qu’il employa fréquemment, est composé du nom des deux maisons dans lesquelles il vécut lors de son enfance à Sare, Piarressenea et Adameta.

  • Voir le texte en français

    [...] Beha nezak ongi, eta orhoit hadi!...zer! ez duk ezagutzen Piarres Adame?...Eta Saratarra haizela diok? Nork ez du ezagutzen Piarres Adame, Saran eta bertzetan, famaz bedere?...Behin ikhusi nauenak ez naik ahanzten!...

    Egia da hurbildik edo urrundik Piarres Adame ikhusten zuena ohartzen zela berehala gauza batez. Ez dakit balio duen gauza horren hemen aiphatzeak: Zertako ez?...

    Beraz giristino, yudu eta bertze guziek bisaiaren erdian Yainkoak ezarria dugun haltura, Piarres Adamek negurri gaitzekoa zuen. Espantu handirekin mintzo zen bere sudurraz, eta ohore handi bat zitzaion ez baitzuen egundaino nihon kausitu edo ikhusi nihori negurri hortako bertze organo bat. Erraten zuen ere Piarres Adamek, behin aditurik Nafarroako herri batean, ene ustez Alduden, bazela errotazain bat sudurrez fama handia zuena, guan zela, behar den moldean aphainduriketa bere makhila ederra eskuan harturik haya-haya eta mendiz-mendi nafartar famatu horren herrira eta han, gudua ikhusi zutenen arabera, Lapurdi Nafarroari nagusitu zela; herri hartako hauzo aphezak eta kontseiluko hiru gizonek erran zutela goraki eta paperean ezarri: Nafartarrak franko luxea zuela sudurra, bainan mehea; aldiz laphurtarrak luzea zuela eta lodia; beraz Piarres Adame nagusi zela… [...]  

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    [...] Regarde-moi bien, et rappelle-toi !...Comment ! tu ne connais pas Piarres Adame ?... Et tu dis que tu es de Sare ? Qui ne connaît pas Piarres Adame, à Sare et ailleurs, de réputation au moins ? Celui qui m’a vu une fois ne m’oublie pas !

    Il est vrai que celui qui voyait Piarres Adame, de près ou de loin, se rendait immédiatement compte d’une chose. Je ne sais pas si cela vaut la peine de l’évoquer ici…pourquoi pas ?

    Ainsi donc, chrétiens, juifs et tous les autres avons au milieu du visage une éminence que Dieu nous a attribuée, et que Piarres Adame avait de dimension remarquable. Il en parlait avec vantardise, et s’enorgueillissait de n’avoir jamais rencontré ni vu personne doté d’un tel organe. Piarres Adame disait aussi qu’ayant entendu une fois que dans un village de Navarre, aux Aldudes je crois, il y avait un meunier de grande réputation relativement à son nez, il s’était mis en route prestement vers ce village par la montagne, la mise apprêtée, son beau bâton à la main, et que là-bas, d’après les témoins du duel, le Labourd l’avait emporté sur la Navarre ; le maire du village et trois conseillers le proclamèrent à haute voix et le couchèrent par écrit : le Navarrais était pourvu d’un nez fort long, mais étroit ; le Labourdin cependant, l’avait long mais aussi épais. Par conséquent, Piarres Adame fut le vainqueur… [...]

Les différentes éditions de Piarres Adame

L’œuvre connut plusieurs rééditions, prouvant ainsi qu’elle fait figure de classique parmi les romans de langue basque.

  • Piarres Adame parut d’abord sous forme de feuilleton (les 5 premiers chapitres) dans le journal « La Nivelle » en 1886, puis intégralement en 1887-1888 dans « Le Réveil basque », deux publications qui montrent clairement les sympathies républicaines d’Elizanburu.
  • 1888, 1ère édition sous forme de livre aux éditions Garet, Pau. Voir sa version numérisée sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9764202x
  • 1946, Editions Eskual-Herria, Bayonne. Par Piarres Lafitte.
  • 1983, Dans le recueil Murtuts eta bertze, Editions Amalur. Par Piarres Lafitte et Jokin Apalategi.
  • 1991, Editions Elkar, Collection Klasikoak. Par Ibon Sarasolaren, préfacée par Koldo Mitxelena.
  • 2008, Editions Hiria, Donostia. Par Luis Haranburu.

Bibliographie

Jean-Baptiste Orpustan, Précis d’histoire littéraire, Editions Izpegi, 1996.

Joxemiel Bidador, Klasiko bitxi, arront klasiko, Pamiela, 2016.