[...] Ce journal, dont l’influence sera certainement heureuse pour l’action euskarienne à Paris, n’est certes pas la première tentative réalisée pour unir nos compatriotes dans un but de philanthropie, de concorde et de tradition. [...]

 

Source : Pariseko Euskal Etxea

Si l’histoire de l’émigration basque aux États-Unis est connue, celle des basques qui ont migré vers le nord de la France et plus particulièrement à Paris l’est moins. Lors de l’industrialisation du début du XXe siècle, un grand nombre de basques s’est rendu dans la capitale, pour y trouver notamment du travail. Mais difficile pour ces jeunes migrants d’oublier leur « pays » natal, leur culture et surtout de ne plus pouvoir pratiquer leur langue. Cette communauté n’a pas attendu l’inauguration de la Maison Basque de Paris en 1956 pour se rassembler, se rencontrer et ainsi s’entraider au sein d’associations plus ou moins organisées.

Dès la parution du premier numéro d’Elgar en juillet 1934 (Voir l’article La collection numérisée d’Elgar, le journal des Basques de Paris), la tonalité du journal est donnée : il se veut le relais d’information et de fédération des différents groupements basques présents dans la capitale, mais également le lieu de diffusion des idées nationalistes –souvent inspirées des « frères » du Pays basque Sud- de ses fondateurs, et celui où on célèbre une culture basque vivante et parfois savante : pelote, danse, linguistique basque, chant…

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    Les Basques à Paris, Légarralde
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 1

    [...] Ce journal, dont l’influence sera certainement heureuse pour l’action euskarienne à Paris, n’est certes pas la première tentative réalisée pour unir nos compatriotes dans un but de philanthropie, de concorde et de tradition.
    Il m’est permis d’affirmer, en tout cas, qu’il provoquera la soudure nécessaire. […]

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    Euskaldunak Parisen, Légarralde
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 1. orria

    [...] Kazeta hori, Pariseko euskalgintzarengain eragin baikorra izanen duena naski, eiki ez da bihotz-zabaltasuna, gogaidetasuna eta ohiturak bermatuz gure herrikideen batzeko lehen saialdia.
    Goraki erran dezaket, gisa guziz, baitezpadako tinkotasuna sortuko duela. [...]

Le réseau Elgar et son influence

Elgar et l'organisation du réseau parisien

Avant qu’Elgar ne soit créé, la communauté basco-parisienne se retrouvait au sein de groupements culturels. Il existait alors trois associations uniquement ouvertes aux basques : l’Eskualduna créé en 1912, Ikasleen Biltzarra (groupement étudiant) et la section Parisienne d'Euskalzaleen Biltzarra fondées en 1933. Les membres de ses associations étaient à peu de choses près les mêmes. Paul Legarralde (compositeur, chef de chœur), Eugène Goyhenetche (historien du Pays Basque) et Carlos d’Orcasberro, les fondateurs d’Elgar, faisaient initialement partie de l’Eskualduna dont l’objectif était de renforcer les liens communautaires. Toutefois, Legarralde, Goyhenetche et Orcasberro désiraient développer un projet culturel plus conséquent ; c’est ainsi que Euskalzaleen Biltzarra fut créé. Notons également qu’Ikasleen Biltzarra, Euskalzaleen Biltzarra et le journal Elgar partageaient les mêmes locaux situés au numéro 3 de la rue du Dragon. La création d’Elgar a finalement permis à ces organisations de rendre publiques leurs activités. En endossant le rôle médiateur officiel de la communauté, le journal a également favorisé la structuration d’un réseau basque à Paris.

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    Les Basques à Paris, Légarralde
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 1

    [...] À Paris existent plusieurs groupements bascophiles.
    L’Eskualduna est le plus important. Il a un recrutement exclusivement basque et doit compter, sauf erreur, 500 ou 600 membres. Son activité est très grande. Il organise un bal tous les dimanches soirs à la Salle des Horticulteurs, des fêtes de nuit très courues et deux ou trois galas artistiques. En outre, il a un système très bien compris de dons pour naissances, mariages, enterrements et a créé un arbre de Noël pour les enfants basques et un envoi annuel de nos gosses au pays à prix réduit. Il possède un service de placement, une chorale très appréciée, un groupe de danseurs souletins et labourdins, une section sportive.
    Président : M. Besselère, de Ciboure.
    L’Ikasleen Biltzarra est de création récente. Il réunit les étudiants basques. Ceux-ci font des réunions, des causeries, des discussions d’ordre historique, linguistique, etc. Leur siège social est 3, rue du Dragon. Les présidents : Goyhenetche, d’Ustaritz, en 1933 ; Alamon, de Saint-Jean-Pied-de-Port, en 1934.
    L’Eskualzaleen Biltzarra (Section de Paris) n’est que le groupe parisien de la grande Société internationale d’études basques. Il a pour but de propager le culte de la langue  et de la culture basques. Conférences, cours de basque, concours pour les enfants, centre de liaison, salle de lecture, etc.
    Il est confortablement installé 3, rue du Dragon. Président : M. G. Lacombe, de l’Académie Basque, ancien président de la Société Linguistique.
    Voilà pour les groupements à recrutement purement racial. […]

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    Euskaldunak Parisen, Légarralde
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 1. orria

    [...] Parisen euskalzale multzo bat baino gehiago daude. Eskualduna garrantzitsuena da. Soil-soilik euskal kide berriak hartzen ditu eta, oker ez bagara, 500 edo 600 lagun izan behar ditu. Antolatzen ditu dantzaldiak igande arrats guziz  Horticulteurs gelan, arrakasta handiko gaueko bestak eta bi edo hiru gaualdi artistiko. Bestalde, sortzeen, ezteien edo ehozketen kari emaitza sistema du, denek ongi barneratua, eta Eguberriko  besta sortu du euskal haurrentzat bai eta ere urtean behin haurtxoen herrira igortzea prezio apalean.
    Lanean kokatze zerbitzu bat, abesbatza estimatu bat, zuberotar eta laputar dantzari talde bat, kirol sail bat badauzka.
    Lehendakari: Besselère jauna, Ziburukoa.
    Ikasleen Biltzarra berriki sortua da. Euskal ikasleak biltzen ditu. Bilkurak, solasaldiak, eztabaidak antolatzen dituzte historiaz, hizkuntzaz etab. Haien egoitza soziala Dragon karrika, 3 da.   
    Lehendakariak: Goyhenetche, Uztaritzekoa, 1933n; Alamon, Garazikoa, 1934n.
    Eskualzaleen Biltzarra (Pariseko saila) Eusko Ikaskuntzaren talde paristarra besterik ez da. Euskara eta euskal kulturaren gurtza hedatzea du helburua. Hitzaldiak, euskara kurtsoak, haurrendako lehiaketak, harreman gune, irakurketa gela, etab.
    Dragon karrikako 3n erosoki kokatua da. Lehendakari: Euskaltzaindiako G. Lacombe jauna, Linguistika Elkarteko lehendakari ohia.
    Horra hor bakar-bakarrik arrazaren araberako kidetzentzat. [...]

De la politique aussi

La tendance patriotique d’Elgar est indéniable. Certains de ses créateurs partageaient les idées du Parti Nationaliste Basque créé  le 31 juillet 1895 par Sabino Arana Goiri et revendiquaient un Pays Basque unifié. Pour cette raison, et afin de toucher un large lectorat, le journal était rédigé en trois langues ; il relayait également les actualités des communautés autonomes d’Euskadi et de Navarre dans les colonnes « Noticias del País ». Il faut préciser tout de même que cette vision politique ne remportait pas l’unanimité auprès des basques parisiens et qu’elle émanait principalement des sphères intellectuelles aisées.

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    La jeunesse basque devant l’avenir, E. Goyhenetche
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 2

    […] Nous avons confiance en l’avenir, nous avons foi en la destinée de notre peuple. Le Peuple Basque a une mission à remplir, nous en sommes sûrs ; cette mission, il la remplira. Notre devoir est d’y travailler de toutes nos forces, de tout notre cœur, pour voir un jour, une grande et forte Euzkadi.

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    Euskal gazteria geroari so, E. Goyhenetche
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 2. orria

    [...] Etorkizunaren baitan konfiantza dugu, gure herriaren patuari fidatzen gara. Euskal herriak badu betebehar burutzeko, hortaz segur gaude ; betebeharra beteko du. Gure indar guziez, bihotz-bihotzetik horren alde aritzea gure eginbidea da, egun batez, Euzkadi handi eta azkar bat ikusteko.

La solidarité basque

Elgar faisait bien plus que promouvoir la culture et la langue, elle louait également les vertus de la solidarité basque. Les basques arrivant à Paris étaient pris en charge par ceux qui y étaient déjà établis. On peut imaginer que la découverte de la vie dans la capitale française devait être effrayante : une ville démesurée, la foule, une langue « étrangère »… un dépaysement total en somme. Les anciens basco-parisiens accueillaient donc les nouveaux arrivants qui à leur tour allaient prendre en charge les migrants suivants et s’acquittaient ainsi de leur dette en quelque sorte.

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    Solidarité basque, R. Léglise
    Président Association Professionnelle Eskualduna
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 2

    […] Heureusement, une planche de salut s’offre à toi. Tes aînés sont là. Ils se sont groupés et ont formé une petite colonie. En son sein tu trouveras tout. Combien il te sera bon de retrouver un peu de ton pays : la bonne humeur, les rires, la danse et les chants joyeux que tu aimes tant. Comme tu seras heureux d’y rencontrer même des amis d’enfance. Avec eux tu pourras évoquer le passé. Ce passé qui ne compte que des jours heureux. Ces pieux souvenirs feront renaître en toi l’espérance.
    Paris doté d’une telle ruche laborieuse t’apparaîtra maintenant plus hospitalier. A tes alarmes d’un instant a fait place une trêve bienfaisante. Tu connais le cœur des enfants de la Nive et de l’Adour. Tu sais bien qu’ils n’abandonnent pas une enfant de la race.
    Déjà ta montagne te semble moins éloignée et même ne te semble-t-il pas entendre l’écho de ses vallées ? Un chant joyeux monte en toi : « Guernikako-Arbola ». Chante, petit Basque, puisque tu es l’interprète de ta Patrie. Laisse déborder ta joie et que ton chant soit un signe de ralliement autour de nos couleurs.
    Plus que jamais, nous devons rester unis. Il faut qu’à ton tour tu songes à ceux qui feront comme toi. Il y aura toujours des petits Basques volages. La tradition se perpétuant à travers les âges, l’oblige. Ne sois pas un ingrat. Fais pour les autres ce que l’on fit pour toi. […]

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    Euskal elkartasuna, R. Léglise
    Eskualduna lan elkartearen lehendakaria
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 2. orria

    […] Zorionez, salbamen-ohol bat aitzinean agertzen zaizu. Zure gehienak hor daude. Batu dira eta kolonia ttipi bat osatu dute. Haren baitan dena aurkituko duzu. Zein gozo izanen zaizun zure herri miko bat atzematea: horrenbeste maite dituzun umore ona, irriak, dantza eta kantu alaiak. Zein zoriontsu izanen zaren haurtzaroko adiskideak bertan atzemateaz. Haiekin iragana aipatzen ahalko duzu. Egun zoriontsuz bakarrik betetako iragan hori. Jainkotiar oroitzapen horiek itxaropena berriz piztuko dizute.
    Parise halako erlantza dorpeaz hornitua begitartetsu ageriko zaizu. Une bateko asaldatzeak geldialdi onurgarriari tokia utziko dio. Errobiko eta Aturriko haurren bihotza ezagutzen duzu. Arrazako haur ez dutela bere gisa uzten badakizu.
    Dagoeneko zure mendien ez zaizu hain urrun iduritzen eta hango aranetako oihartzuna entzutea ez al zaizu iduritzen? Kantu alai bat hazten da zure baitan: « Guernikako-Arbola ». Kanta ezazu, euskaldun ttipi, zure aberriaren abeslaria baitzira. Zorionez gainditua izan zaitez eta zure kantua gure koloreen inguruan  elkarretaratzeko keinua izan dadila.
    Sekulan baino gehiago, batuak egon gaitezen. Zu bezala eginen dutenei pentsatu behar duzu. Euskaldun ttipi buruarinak izanen dira beti. Urteetan zehar irauten duen ohiturak behartzen zaitu. Ez zaitez izan eskergabea. Egizu besteentzat zuretzat egin genuena. […]

L’association Euskalduna possédait une branche professionnelle. A la manière d’un bureau de recrutement, elle recevait d’une part les offres d’emploi des chefs d’entreprises parisiens et les candidatures des immigrants de l’autre. Elle recommandait en priorité les travailleurs en vantant leur honnêteté et leur courage bien sûr. De nombreux migrants ont ainsi pu être employés grâce à ce système de placement.

Des sujets de haute volée

Les contributions d'intellectuels

Les cousins Paul de Rocca-Serra Legarralde et Carlos d’Orcasberro, les initiateurs d’Elgar, signaient la plupart des articles du journal. Toutefois, certaines grandes figures proches du cercle d’Euskaltzaleen Biltzarra apportaient leurs contributions, comme Eugène Goyhenetche et Georges Lacombe pour ne citer qu’eux.
L’historien Eugène Goyhenetche y a publié plusieurs articles. Avant-garde du patriotisme basque, il ne partageait pas tout à fait le point de vue du journal qu’il estimait trop conservateur et démodé. Goyhenetche était un abertzale moderne ; croyant, fervent défenseur de la tradition, de la culture et de la langue certes, il n’en restait pas moins convaincu de la nécessité de confier aux jeunes basques l’avenir du Pays Basque.
 

Eugène Goyhenetche. Source : abertzale.over-blog.com

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    La jeunesse basque devant l’avenir, E. Goyhenetche
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 2

    […] Depuis plusieurs années déjà, sous l’influence de grands écrivains basques comme P. Iturralde (?), Zerbitzari, Oxobi, pour ne citer que ceux-là, un mouvement de jeune se dessinait, s’affirmait, de Mauléon à Ustaritz, de Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Jean-de-Luz, les idées nouvelles se répandaient, des cercles d’études se fondaient, tout un travail de préparation s’accomplissait. Ici, à Paris, quelques étudiants, en fondant le Pariseko Eskual Ikasleen Biltzarra, affirmaient leur volonté d’associer la jeunesse intellectuelle au mouvement de Renaissance basque, et se solidarisaient avec tous les Basques, qu’ils fussent de Bilbao, de Buenos-Aires ou de Bayonne. Ce ne fut qu’en septembre 1933, au congrès de l’Eskualzaleen Biltzarra à Louhossoa, que les nouvelles tendances se manifestèrent publiquement pour la première fois. L’élite de notre jeunesse avait tenu à affirmer sa fidélité à la vénérable société Euskalzaleen Biltzarra, et son adhésion à la Renaissance basque. Il y avait vraiment quelque chose de changé en Euzkadi ! […]

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    Euskal gazteria geroari so, E. Goyhenetche
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 2. orria

    […] Bazen zenbait urte jadanik, P. Iturralde (?), Zerbitzari, Oxobi bezalako idazle handien eraginpean, hauek bakarrik aipatzeko, gazte mugimendu batek itxura hartzen zuela, bere burua ezagutarazten zuela, Mauletik Uztaritzera, Donibane Garazitik Donibane Lohizunera , ideia berriak barreiatzen zirela, ikerketa elkarteak sortzen zirela, prestaketa lan bat betetzen zela. Hemen, Parisen, ikasle batzuk Pariseko Eskual Ikasleen Biltzarra sortuz, intelektual gazteriak Euskal Pizkundean parte hartzeko nahikaria baieztatu zuen, eta euskaldun guziekin bat egin zuen, Bilbokoak, Buenos Airesekoak eta Baionakoak izan zitezen.
    1933ko irailean bakarrik, Eskualzaleen Biltzarraren Luhusoko batzarrean, joera berriak ageriki adierazi ziren lehen aldikotz. Gure gazteriaren eliteak Euskalzaleen Biltzarrari bere leialtasun agurgarria erakutsi nahi zion, eta Euskal Pizkundearen aldeko atxikimendua. Aldaketa zerbait bazen zinez Euzkadin! […]

Georges Lacombe, linguiste et membre de l’Académie de la langue Basque, fut nommé secrétaire de la Société d’Etudes Basques en 1907 et président d’Eskualzaleen Biltzarra trois ans plus tard. Il étudia l’euskara et la littérature basque pendant de nombreuses années ; il publia près de 150 articles et livres sur ces sujets. Libéral et agnostique, apolitique mais proche du mouvement abertzale, il collabora lui aussi  au journal Elgar et publia quelques articles sur la langue. Dans ce premier numéro par exemple, dans « Le verbe basque et le verbe français » il explique les caractéristiques de la conjugaison basque dans une étude comparée avec la structure française.

Culture et sport

Au début du XXe siècle, la culture basque bénéficiait d’un rayonnement national. De nombreux spectacles, banquets ou « Nuits basques » rythmaient la vie parisienne. Les danseurs et chanteurs basques avaient réussi à élever leur art populaire au rang de spectacle de haut niveau et jouissaient d’une grande réputation. Leurs ballets, leurs opéras ainsi que les fêtes mondaines basques étaient très courus alors.

Nous pouvons évoquer ici le groupe artistique Gernika créé en 1932 par le compositeur Paul Legarralde. La compagnie qui s’appelait Errepika a ses débuts, prit le nom de la capitale de l’Alava en 1937 en hommage aux victimes du bombardement allemand. Elle réunissait des musiciens, des chanteurs et des danseurs du Pays Basque sud comme du nord. Des artistes renommés, tels qu’André Dassary et Luis Mariano, y firent leurs premiers pas.

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    Le banquet de la chorale, IKUSIDUT
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 4

    Impatiemment attendu, le banquet a eu lieu le dimanche 3 juin.
    La journée avait été dure. Concert au Jardin d’Acclimatation. Le soir, concert au Parc de Choisy-le-Roy. Et à 11 heures (23 heures) bien passées, au Cabaret de la Mère Grégoire, dans l’auberge historique dirigée avec tant de maestria par l’ami Etchegorry et sa délicieuse Française de femme, les vingt-deux chanteurs se mirent à table devant l’excellente soupe, la pipérade, etc., etc.
    M. Georges Lacombe, l’ami dévoué, présidait les agapes. M. Delzangles nous avait fait la bonne surprise de venir, ainsi que le sympathique Dr Chappert, naturalisé sous le nom de Chapelgorri.
    Tous étaient là : autour du chef, Roccaserra-Légarralde se groupaient les ténors Prévost, Lévêque, Flynn, Hirigoyen, Alamon, les barytons Borthayre, Bertrand, Ihitsague, Havard, d’Orcazberro (qui remplit, en outre, les fonctions de speaker et d’administrateur), la basse Gallastegui et les charmantes soprani et alti Mmes et Mlles Ihitsague, Bertrand, Arla, Prudont, Epherre, Indabure, Zubillaga, Jeanne et d’autres qu’on oublie.
    Mme Irigoyen, Mlle Bach, d’autres encore étaient là.
    Ce fut une fête magnifique, une fête d’entente, d’amitié, d’estime, d’amour du pays basque. On but, on chanta, on savoura l’excellente cuisine d’Etchegorry.
    On dansa au son du chiroula. Et depuis longtemps déjà il faisait jour quand, avant de se séparer, le « gora ta gora Euzkadi » et le « guernikako arbola » furent religieusement interprétés.

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    Abesbatzaren besta apairua, IKUSIDUT
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 2. orria

    Berantetsirik igurikatua, besta apairua ekainaren 3n igandean iragan da.
    Eguna luzea izan zen. Jardin d’Acclimatation baratzean kantaldia. Arratsean, Choisy-le-Roy-ko parkean kantaldia. Eta 11ak (23ak) ongi pasa, Mère Grégoire Kabaretean, Etchegorry adiskideak maisutasunez eta bere emazte frantses xarmagarriak atxikitzen duten ostatu historikoan, hogeita bi kantariak mahaian jarri  ziren eltzekari ezin hobe, piperada, etab., etab. aiztinean.
    Georges Lacombe jaunak, adiskide onak, ohorezko tokia zuen. Delzangles jauna ikusteko ustegabe ona ukan genuen baita ere Chappert mediku maitagarria, Chapelgorri berriz bataiatua.
    Denak hor ziren: Roccaserra-Légarralde abesbatza-buruaren inguruan bildu ziren Prévost, Lévêque, Flynn, Hirigoyen, Alamon tenorak, Borthayre, Bertrand, Ihitsague, Havard, d’Orcazberro (aurkezle eta kudeatzaile karguak hartu zituenak gainera) baritonoak,  Gallastegui apala eta Ihitsague, Bertrand, Arla, Prudont, Epherre, Indabure, Zubillaga, Jeanne andere eta andereño soprano xarmagarriak eta ahanzten ditugun beste batzu. Irigoyen anderea, Bach andereñoa, eta beste batzu hor ziren.
    Besta zoragarria zen, elkar aditze, adiskidetasun, errespetu, Euskal Herri zaletasun besta bat. Edan genuen, abestu genuen, Etchegorryren sukaldaritza bikaina ahogozatu genuen.
    Xirularen doinuen gainean dantzatu genuen. Eta argia zen aspalditik, elkar utzi baino lehen « gora ta gora Euzkadi » eta « guernikako arbola » arta handiz kantatu genituelarik.

L’autre marqueur culturel basque est la pelote. Selon Eugène Goyhenetche, la civilisation basque reposait sur deux piliers, à savoir la foi et la pelote. Rien d’étonnant donc qu’une importante rubrique dédiée fût développée dans les pages d’Elgar. On y trouvait les résultats des championnats du Pays Basque et de Paris.

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    La jeunesse basque devant l’avenir, E. Goyhenetche
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 2

    […] Seuls demeuraient intactes deux caractéristiques de notre race : la foi, d’abord, la foi ardente de Saint François-Xavier et de Saint Ignace de Loyola, défendue par  un clergé admirable et un peuple profondément croyant ; la pelote, ensuite, jeu national, expression du génie de la race, défendue par la grande Fédération de Pelote Basque. […]

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    La jeunesse basque devant l’avenir, E. Goyhenetche
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 2. orria

    […] Gure arrazaren bi ezaugarri soilik hunkigabeak gelditzen ziren: fedea, lehenik, San Frantses Xabierren eta Loiolako San Inazioren fede kartsua, elizgizon miresgarriek eta herri barnaki fededunak zaindua ; pilota, ondotik, aberri kirola, euskal arrazaren jitearen adierazpena, Euskal Pilotaren Federazio handiak zaindua. […]  

Il existait plusieurs frontons et trinquets dans Paris même ainsi que de nombreuses associations sportives. Tous les basques jouaient à la pelote, cela va sans dire, au sein d’une équipe ou bien entre amis.

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    Comment faire pour jouer à la pelote basque à Paris ?
    Elgar 1er numéro juillet 1934, page 3

    Pour jouer à la pelote en trinquet toute l’année, il y a le Club de Pelote Basque de Paris, qui dispose du trinquet de la rue Cavalerie ; club argentin à ses débuts, il s’est transformé par suite de circonstances extérieures et groupe maintenant un assez grand nombre de Basques et de sympathisants : le secrétaire général, M. Ducasse vous donnera tous les tuyaux voulus.
    Si, pris par vos affaires, vous ne disposez pas de suffisamment de temps pour profiter des avantages offerts par le Club et si, cependant, le trinquet vous tente, vous avez : l’Union des Amateurs de Trinquet, groupant un certain nombre de joueurs de pelote à main nue, à pasaka, à pala ancha, qui disposent du trinquet certains jours : le dimanche après-midi et le mardi soir en principe. Pour tous renseignements, MM. Ducasse ou Alamon.
    Mais le fronton, me direz-vous ? J’y arrive, et pourtant vous êtes impardonnable si vous n’y jouez pas déjà. Tous les grands clubs de la capitale ont des sections de pelote basque. Oyez plutôt :
    L’Eskualduna, avec Idiart ;
    Le Réveil Basco-Béarnais, avec Labarde, Gastarriet ;
    Le Stade Français, avec Darrigrand ;
    Le Racing Club de France, avec Failliet ;
    Le S.C.U.F., avec P.U.C. ;
    Les Pelotaris Amateurs, avec les Licolle ;
    La S.A.M., avec Domcey ;
    L’U.S. Métro, avec Lacroix ;
    Le P.U.C. et les Etudiants Basques, avec Alamon, et j’en oublie.
    Si vous n’y jouez pas déjà, c’est à désespérer !

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    Nola egin pilotan jokatzeko Parisen ?
    Elgar 1. alea uztaila 1934, 3. orria

    Trinketean pilotan jokatzeko urte guzian zehar, Pariseko Euskal Pilota Kluba bada, Cavalerie karrikako trinketea erabil dezakena ; argentinar kluba hastapenean, kanpoko gertakarien ondorioz eraldatu dena eta gaur egun euskaldun eta zale anitz biltzen dituena : Ducasse jaunak idazkari orokorrak nahi aholku guziak emanen dizkizu.
    Lanpetua baldin bazira, Klubaren abantailetaz gozatzeko denborarik ez baduzu eta hala ere trinketean jokatu nahi  baduzu : Trinketa Zaleen Batasuna bada, esku huska, pasaka, pala antxa pilotari zenbait biltzen dituenak, egun batzutan trinketa badutenak: igande arratsaldetan eta asteart arratsetan ontsalaz. Xehetasunentzat, Ducasse edo Alamon jaunak.
    Eta pilota plaza, erranen didazu ? Hortara nator, eta alta barkaezina da ez bazira dagoeneko han ari. Hiriburuko klub handi bakoitzak euskal pilota taldea dauka.
    Adi preseski:
    Eskualduna, Idiart-ekin ;
    Réveil Basco-Béarnais, Labarde, Gastarriet-ekin ;
    Stade Français, Darrigrand-ekin ;
    Racing Club de France, Failliet-ekin  ;
    S.C.U.F., P.U.C.-ekin  ;
    Pelotaris Amateurs, Licolle-ekin  ;
    S.A.M., Domcey-rekin  ;
    U.S. Métro, Lacroix-rekin   ;
    P.U.C. eta Euskal Ikasleak, Alamon-ekin, eta ahanzten ditut.
    Ez baldin bazira jadanik ari, etsigarria da!

Les réclames : être basque, une valeur ajoutée

En dehors des annonces professionnelles, la rédaction publiait également des réclames, rédigées par des basques à l’attention des basques. Les entreprises et restaurants parisiens visaient ainsi la clientèle basque locale. De la même façon, les professionnels du Pays Basque profitait également de ces encarts publicitaires pour s’adresser à ceux qui retournaient occasionnellement au pays. L’origine basque était présentée comme un gage de qualité, de fiabilité : ne dit-on pas « hitza hitz », parole de basque. Faire affaire entre gens de la même communauté relevait aussi d’une certaine forme d’effort national.