[...] J’avais reçu un jour, en cadeau d’une malade du fond du Pays Quint, une vielle grammaire basque jaunie. J’avais été tellement effrayé par la complexité des conjugaisons des verbes et des déclinaisons, que je m’étais décidé à apprendre peu à peu, en assimilant, comme le font les enfants, des expressions et des formes verbales, que mademoiselle Mouesca m’expliquait. [...]

 

Le médecin sous-lieutenant André Dufilho (1911-2003) est démobilisé en 1937. Peu de temps avant, lors de manœuvres d’entraînement dans les environs de Pau, Dufilho fait la connaissance du sous-lieutenant Jean Etcheverry-Aïnchart. Ce-dernier lui parle de sa terre natale, la vallée des Aldudes, privée de médecin depuis plusieurs mois déjà. La perspective d’exercer son métier dans cette région reculée, escarpée  séduit le jeune médecin qui décide d’aller s’y installer aussitôt sa permission accordée.

André Dufilho demeure au Pays Basque jusqu’en 1953. En 1971, de retour dans sa Gascogne natale, il commence à écrire ses mémoires. Il y raconte très simplement les visites aux malades, les routes semées d’embûches, les accouchements,  l’accompagnement des mourants, les guerres,  l’occupation. Des récits intimes qui font la grande Histoire. Paru pour la première fois en 1979, le livre connaîtra 9 éditions. La suite de ses mémoires de médecin de campagne paraît de manière posthume en 2008, dans La Dernière visite.

 

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    Docteur, un cheval vous attend : Mémoires d’un médecin du Pays Basque

    « […] J’avais reçu un jour, en cadeau d’une malade du fond du Pays Quint, une vielle grammaire basque jaunie. J’avais été tellement effrayé par la complexité des conjugaisons des verbes et des déclinaisons, que je m’étais décidé à apprendre peu à peu, en assimilant, comme le font les enfants, des expressions et des formes verbales, que mademoiselle Mouesca m’expliquait.
    J’arrivai très vite à sentir les marques de respect à l’égard d’autrui, et en particulier à mon égard. Partout ailleurs, on parle du « médecin », ou du « docteur », ou de « son médecin », expression de possession morale, mais aussi d’attachement humain avec une pointe de sentiment de réciproque, de complicité confiante après un choix mûrement réfléchi.
    Mais en plus, dans le Pays Basque, et tout particulièrement dans cette vallée isolée, qui pendant des années resta ignorée des touristes, le médecin, au même titre que le curé, que le maire, que le notaire, était toujours honoré, dans la conversation, du titre de « Jaun » - qui se prononce « Iaoun » - « Jaun Médikia », qui signifie Seigneur Médecin, aussi élevé que dans les prières quotidiennes qu’on adresse à Dieu.
    Très vite, je fus frappé par la différence entre le vouvoiement et le tutoiement. Dans la conversation courante, même de parent à enfant, le Basque parle à la deuxième personne du pluriel. Le tutoiement se ressent comme un signe de colère, de mépris. Il s’exprime avec une mimique particulière qui enlaidit le visage. Toutes les mères de famille ne l’utilisent pas, même s’il s’agit d’une remarque sévère ou d’un reproche à l’égard d’un de leurs enfants. Entre « erazu » ce qui signifie « dites » et « erak » qui signifie « dis donc » et qui se prononce avec avec deux ou trois r bien roulés et un k très appuyé et vulgaire, la bouche tordue, il y a toute la distance qui existe entre le respect et l’emportement trivial, entre une mise au point et une gifle. […] »

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    Doktore, zaldi bat zure beha dago: Euskal Herriko mediku baten memoriak

    « […] Behin ukan nuen, Kintoa zolako eri batengandik opari gisa, euskal gramatika liburu zahar horitu bat. Aditz-jokoen eta deklinabideen konplexutasunak hainbeste izitu ninduten, non erabaki nuen pixkanaka ikastea, , haurrek egiten duten bezala, esaera eta aditz forma zenbait eneganatuz,  Mouesca andereñoak azaldurik.
    Besteari begirunea adierazteko moldeetaz ohartu nintzen laster, eta bereziki eni zuzenduak. Beste non-nahi, erraten da « mediku », edo « doktore », edo « ene medikua », jabetasun moralaren adierazlea, baina ere atxikimenduarena, elkarrenganako sentimendu izpi batekin, eta luzaz ausnartutako hautuaren ondoko kidetasun fidakorrarekin.
    Baina gainera, Euskal Herrian, eta batez ere ibar bazter horretan, zenbait urtez turisten ez jakinean gelditu zena, medikua, apezaren, auzapezaren, notarioaren gisan, beti ohoratzen zen, solastatzean, « Jaun » titulu batez - « Iaoun » ahoskatzen dena - « Jaun Medikia », egunero Jainkoari egin otoitzetan bezalakoa.
    Biziki fite, zuka aritzearen eta hika aritzearen arteko desberdintasunaz ohartu nintzen. Solasaldi arruntan, burasoaren eta haurraren artean ere, euskalduna pluralaren bigarren pertsonan mintzo da. Hika mintzatzea suminduraren, mespretxuaren seinalea da. Aurpegia itsusten duen mimika berezi batekin erakusten da. Familiako ama guziek ez dute erabiltzen, nahiz eta haur bati ohar garratz bat edo erasia bat egin. « Erazu » eta « erak » - bi edo hiru r dardarkarirekin eta k bermatu eta kaskar batekin ahoskatzen dena, ahoa okertuz - bien artean bada begirunearen eta haserrealdi gordinaren arteko, azalpenaren eta zaflakoaren arteko distantzia osoa. […] »       


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