[…] Personne d’autre que Migueltcho, n’avait à cœur le bon renom de la petite compagnie. Sa maison – cette vieille et grande maison demeurée dans la famille, tandis que bien d’autres, sur les pentes du Jaizkibel, étaient passées aux mains de rentiers de San Sebastian ou d’Irun, qui les faisaient valoir – n’était-elle pas le plus bel ornement de cette fière et grandiose montagne ? [...]

 

La jeunesse de Pierre Lhande

Pierre Bassagaitz Heguy (1877-1957) quitte Bayonne à l’âge de huit ans, après le décès de son père, pour s’installer en  Soule avec sa famille. À Sauguis, Graxi Lhande, sa grand-mère, lui apprend à prier en basque : c’est en guise d’hommage que Pierre endosse plus tard le patronyme de son aïeule. 

En 1893, il intègre le grand séminaire de Bayonne pour étudier la philosophie. Lhande a un goût prononcé pour la poésie et le bertsolarisme, davantage que pour la théologie. Cette passion n’est pas du goût de la direction qui le renvoie en 1899 alors qu’il a 22 ans. Dans le train le menant à Sauguis, il fait la connaissance d’un jésuite. A la fin de leur échange, Lhande décide de rejoindre la compagnie de Jésus. Entre 1903 et 1909, il parcourt l'Europe – France, Belgique, Jersey, Angleterre, Hollande, Espagne, etc. – jusqu’à son ordination à Toulouse en 1910.

Un prédicateur hors-pair

Le prêtre se démarque par ses talents d’orateur. Les hommages  qu’il a rendus à Ignace de Loyola, Jeanne d’Arc ou Saint Thomas sont même publiés. En 1925, à la demande du chanoine Gerlier, il se rend à Paris. Jusqu'à la fin des années trente, il entreprend des actions en faveur des populations les plus démunies – habitants de la ceinture noire et de la ceinture rouge de la capitale – en créant principalement  des chapelles, des presbytères, des écoles ou des crèches. Il raconte ces années passées dans les quartiers ouvriers dans un essai en trois parties intitulé Le Christ dans la banlieue : enquête sur la vie religieuse dans les milieux ouvriers de la banlieue de Paris (1927-1931).

En 1927, il lance sa première émission catholique sur Radio Paris. Chaque dimanche midi, il y diffuse des prédications de vingt minutes. En 1934, Radio Paris est nationalisée ; en application de la loi de séparation de l’Église et de l’État, la diffusion de sermons radiophoniques est interrompue en janvier. Mais en avril, suite à une vague de protestations, l'émission reprend sur ordre du ministre des Postes et des Télécommunications, André Mallarmé.

L'Académicien de la langue basque

Entre 1920 et 1924, Lhande enseigne la langue et la culture basques à Toulouse. Il publie par ailleurs plusieurs essais ou articles en français portant sur le Pays basque :

  • L'émigration basque. Revista Internacional de Estudios Vascos, 1907.
  • Autour d'un foyer basque, récits et idées. Nouvelle Librairie nationale, 1908.
  • Gure orma zarra. Martin et Mena, 1915.
  • Le Pays basque et sa littérature. Bulletin de l'Université et de l'Académie de Toulouse, 1925
  • Le pays basque à vol d'oiseau. Beauchesne, 1925.
  • L'émigration basque. Histoire, économie, psychologie. Nouvelle Librairie nationale, 1925.
  • Le moulin d'Hernani. Récit de Navarre et du Pays basque. Plon, 1936.
  • Le Poète Pierre Topet dit Echahun et ses œuvres. Eskualtzaleen Biltzarra, 1946.

Mais son œuvre majeure, Dictionnaire basque français (Dialectes Labourdin, Bas-Navarrais et Souletin), paraît en 1926. Prenant pour modèle l'incontournable Diccionario vasco-español-francés [Dictionnaire basco-espagnol-français] de Résurreccion Maria Azkue, Lhande souhaite rassembler de manière exhaustive les mots des dialectes du Pays basque nord. Ce nouveau dictionnaire a trois particularités pour l’époque : les entrées sont organisées en fonction de la racine des mots, la provenance géographique des termes est précisée et le dictionnaire est accompagné d'une grande quantité de planches d'images. On sait également que Piarres Lafitte l'a beaucoup aidé à terminer ce travail.

Mirentchu

Mirenchu est le premier roman de Pierre Lhande qui évoque le Pays basque. Écrit en français, il paraît en 1914. Le roman, situé à Fontarabie, vante les coutumes basques à travers l'histoire d'amour de Mirentxu et Miguel. La romance connaîtra le succès en France d’abord, en Allemagne et en Espagne ensuite. Lors de la publication de son œuvre, Lhande la présente ainsi : « Les bonnes mœurs des Basques nous paraissent ici bien vivantes. Ce beau texte a été écrit en français par un basque, par A. Pierre Lhande de la Compagnie de Jésus et, dit-on, un autre basque l'a traduit en espagnol. En tout cas, bien qu'écrit en langue étrangère, c'est un plaisir pour tous les amoureux basques. »

En 1928, Mauro Azkona en propose une adaptation cinématographique : El Mayorazgo de Basterretxe [L’aîné de Basterretxea]. (Voir le film). Il s’agit de l’unique film basque entier de cette époque conservé à la Filmothèque basque.

L’extrait choisi se déroule lors de l’alarde [défilé militaire] de Fontarabie. Miguel et sa compagnie parcourent les rues en suivant les pas de Mirentxu déguisée en vivandière ou cantinière.

  • Euskarazko testua ikusi

    […] Personne d’autre que Migueltcho, n’avait à cœur le bon renom de la petite compagnie. Sa maison – cette vieille et grande maison demeurée dans la famille, tandis que bien d’autres, sur les pentes du Jaizkibel, étaient passées aux mains de rentiers de San Sebastian ou d’Irun, qui les faisaient valoir – n’était-elle pas le plus bel ornement de cette fière et grandiose montagne ?

    Mais surtout il y avait Mirèn, Mirèn la délicieuse petite reine du bataillon ; Mirentchu, l’enfant blonde, vêtue en cantinière et si gentille avec son barillet dansant sur sa jupe rouge, si naïve avec son éventail et son fusil de bois ! Mirentchu, dont les yeux sombres auraient un beau reproche pour l’étourdi qui lâcherait le coup avant les autres et compromettrait ainsi l’honneur du bataillon ! Ah ! Miguel laissait à d’autres ces maladresses ! Lui, sérieux, droit comme un chêne, au bord de la double file, tout près de Mirèn, il n’avait d’yeux que pour les signaux de son chef. Seulement, quand il se retournait, après les salves, pour charger à nouveau le long tube d’acier, il avait un sourire devant l’expression de légitime fierté qui faisait briller les yeux noirs de la cantinière. […]

  • Voir le texte en français

    […] Migueltxo baino ez zen konpainia txikiaren fama onari gehiago atxikia zenik. Bere etxea – familian gelditu zen etxe zahar eta handi hau, beste ainitz berriz, Jaizkibelgo magalean, Donostiako edo Irungo errentadunek erabili zituztelarik – ez al zen mendi harro eta ikusgarri honetako apaingarririk ederrena?

    Baina oroz gainetik hor zen Miren, Miren batailoiko erreginatxo xarmagarria; Mirentxu, neskatxa  ilehoria, kantiniersaz jantzia eta hain atsegina bere danborra gona gorriaren gainean dantzan, hain lañoa bere haizemailearekin eta zurezko fusilarekin! Mirentxuren begi ilunak, goizegi kolpea bota eta batailoiaren ohorea kolokan ezarriko lukeenari erasia adieraziko luketenak. A! Miguelek beste batzuei uzten zizkien trakeskeria horiek! Hura, seriosa, haritz bat bezain zuzena, bigarren lerroaren ertzean, Mirenengandik biziki hurbil, bere buruzagiaren keinuei bakarrik so zen. Baina tiro erauntsien  ondotik, altzairuzko hodi luzea berriz kargatzeko itzultzen zelarik, kantiniersaren begi beltzak distirarazten zituen harrotasun zilegia ikustean irriñoa ezpainetan zuen. […]


En 2015, les habitants de Saugis ont rendu hommage à l’enfant du pays en montant la pastorale Pierra Lhande écrite par Annick Aphatia.

 

Voir les coulisses de la pastorale Pierra Lhande

Pour en savoir plus : Pierre Heguy (Collection Bidegileak)

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