[…] Mikela eta Axentxi
pareja fuertea!
Haiek aurren zirela
fin ginean jendea
zaharrak eta gazteak
neskatx eta andreak
andre txit aberatsak
baita ere pobreak. [...]

 

Matea Joxepa Zubeldia Elizegi (1867-1947)

Née dans la ferme Ibarluze à Hernani (Gipuzcoa), Joxepa Zubeldia se rend à Madrid alors qu’elle est encore très jeune, et travaille comme servante auprès d'un docteur de renom. Elle y rencontre son futur mari Manuel Ortiz originaire de Burgos. En 1904, le couple s'installe à Hernani avec ses cinq enfants ; deux autres verront le jour dans le village natal. Joxepa parle en basque à ses enfants, au point que même les aînés nés à Madrid maîtrisent davantage la langue maternelle que le castillan. (1)

Suite aux nombreuses années de labeur dans les mines, son mari devient asthmatique. Afin de subvenir aux besoins de la famille, Joxepa ouvre une épicerie dans la rue principale de Hernani. Elle travaille seule et d'arrache-pied mais s'accorde des moments d'écriture ; elle couche sur papier des quantités de bertso, sur des cahiers fabriqués et cousus par ses soins. Telle une journaliste, elle relate dans ses vers les événements du quotidien. Elle compose également des poèmes et des chants d'église, toujours en langue basque. Toutefois, son goût pour le bertso embarrasse ses enfants. Pour éviter les reproches, elle se rend plusieurs fois par an quelques jours chez une amie qui lui permet d'écrire et de laisser ses cahiers sur place.
Les jours de fête, à Noël et à la Saint-Jean, son frère Kaxiano et les garçons du village font traditionnellement la quête de maison en maison. A cette occasion Joxepa les attend sur son balcon et les défie en improvisant des bertso. Lors des compétitions de bertso, elle officie également comme gai emaile (personne qui imagine et distribue les sujets sur lesquels les bertsolari ou improvisateurs se défient). (2)

Contemporaine de Txirrita (3), Joxepa est malgré tout restée en dehors de l'histoire officielle du bertsolarisme, faute d’une œuvre écrite. Il semble que ses bertso ont été volontairement détruits. Heureusement, l’un de ses chants a été sauvegardé par l'écrivain et académicien de la langue basque Antonio Zabala Etxeberria : Berso berrik, andre batek jarrik [Nouveaux vers, composés par une femme]. Le document est aujourd’hui conservé dans la bibliothèque du Centre culturel Koldo Mitxelena. Et en 2014, les vers de Zubeldia refont surface grâce aux publications de la journaliste bertsolari Estitxu Eizagirre : Bertsoaren haria Hernanin et Bidea urratu zuten bertsoak. Ces vingt-quatre couplets se font l'écho de l'épisode de variole survenu à Lasarte en 1918, des décisions prises par le gouverneur et de leurs conséquences épiques. Joxepa Zubeldia chante ces vers en juin de la même année lors d'un repas des villageois, juchée sur une table, assise sur une chaise.

Bertso sur le soulèvement des femmes de Hernani en 1918

Sept cas de variole se déclarent dans le village de Lasarte en 1918. Certains sont gravement malades, voire mourants et la décision est prise de les transférer à l'hôpital de Hernani. A l'annonce de la nouvelle, les villageois s'indignent : compte tenu de la contagiosité et la dangerosité de la variole, ils craignent pour les résidents de l'hôpital ainsi que pour eux-mêmes. Le 1er avril, une délégation locale se rend à San Sebastian pour manifester son désaccord auprès du Gouverneur et proposer une alternative pour accueillir les malades. En vain. Les représentants s'adressent alors au Président du Conseil Antonio Maura et au Député de la Région le Marquis de Santillana afin qu'ils interviennent. Là aussi, sans résultat. Désespérés, les villageois, sans distinction de classe ni de sexe (4), descendent dans la rue pour protester. Les femmes sont en première ligne, parmi elles Joxepa. Elles bloquent le chemin de Lasarte grâce aux barricades qu'elles érigent avec tout ce qu'elles ont sous la main. Elle tentent même d'incendier l'hôpital. Malgré les menaces des gardes civils, elles ne reculent pas. Face à tant d'obstination, le Gouverneur cède. Les malades sont finalement installés dans des cabanons en périphérie de Lasarte.

Barricades à Hernani 1918. Source : El Diario Vasco

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    […]
    12
    Isurtzen baduzue
    odola gurekin
    hil beharrak zarete
    zuon zaldiekin
    guztiok bizkor gaude
    gauza gogorrekin
    bihurtu hobe duzue
    baztangadunekin.

    13
    Zibila franko baitzen
    zaldi galantekin
    guri desafioka
    beren ezpatekin
    ez ginen ez izutu
    hoiek guziekin
    denok atera ginen
    mirari handiakin.

    14
    Mikela eta Axentxi
    pareja fuertea!
    Haiek aurren zirela
    fin ginean jendea
    zaharrak eta gazteak
    neskatx eta andreak
    andre txit aberatsak
    baita ere pobreak.

    15
    Lana egin genuen
    gupida handi gabe
    senarrak utzirikan
    bazkaririk gabe
    hustuta petrolioz
    ospitala igurtzi
    agudo erretzeko
    kristal danak hautsi.

    16
    Apaizak eta mojak
    negar eta ausi
    halako trantzerikan
    ez zuten ikusi
    gure moja gaixoak
    belauniko jarri
    eta telefonoan
    Madrila Maurari. […]

  • Euskarazko testua ikusi

    […]
    12
    Si vous faites
    couler notre sang
    vous devrez mourir
    avec vos chevaux
    nous sommes des personnes résistantes
    face à l’adversité
    vous devriez retourner
    avec les vérolés

    13
    Les gardes civils étaient nombreux
    avec d'imposants chevaux
    nous défiant
    avec leurs épées
    nous n'avons pas eu peur
    de tout ça
    nous en sommes réchappés
    par un grand prodige.

    14
    Mikela et Axentxi
    font une sacrée paire !
    Alors qu'elles étaient devant
    nous étions derrière
    les vieilles et les jeunes
    les jeunes filles et les épouses
    les femmes très riches
    comme les miséreuses.

    15
    Nous luttions
    sans pitié
    ayant laissé nos maris
    sans déjeuner
    une fois vidé nous avons enduit
    l'hôpital de pétrole
    afin qu'il brûle plus vite
    nous avons brisé toutes les vitres.

    16
    Les curés et les sœurs
    en pleurs et lamentations
    n'avaient jamais vu
    une telle agitation
    nos pauvres religieuses
    se mirent à genoux
    et appelèrent
    Maura à Madrid. […]
 


(1) Wikipedia
(2) Bertsozale.eus
(3) Joxepa Zubeldia: bertso paper bakarra argitaratu zuen bertsolari hernaniarra. Jon Altuna Iza Oxan. Kronika.eus 2018/06/02
(4) Matea Joxepa Zubeldia, oraindaino liburuetan kabitu ez den bertsolaria. Amagoia Mujika. Argia 2014/05/08

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