Etien Salaberri (1903-1981) est un témoin sans pareil du XXe siècle et de ses turbulences. Il connaît une vie bien remplie, depuis son enfance dans la ferme Garra d’Hélette, une longue carrière d’enseignant, 5 années de captivité en Allemagne, une œuvre très dense d’essayiste et de chroniqueur.
L'homme étonne par la modernité de ses idées. Philosophe de formation, c’est un prêtre ouvert aux idées sociales de son temps et à une Europe des nations garante de la paix, favorable à l’émancipation politique du Pays basque.

Nous vous proposons ici une série d’articles pour découvrir une figure intellectuelle du Pays basque, malheureusement quelque peu oubliée aujourd’hui.

[…] Monsieur l’abbé, à Paris, on fait hum-hum. Au pays basque, on dit oui ou non. Et là, vous devez dire oui. […]

L'enfant d'Hélette

Etien Salaberri naît en 1903 dans la maison Garra d’Hélette, sur une propriété relativement opulente. En effet son grand-père Santiago Garra, un homme énergique, avait bénéficié de la mise en vente de ses vastes propriétés par la famille de Girardin pour acheter plusieurs fermes et leurs terres.
Par ailleurs, Etien compte parmi ses ancêtres Santiago Garra de Salagoity, un prêtre féru d’hydrographie, qui se distingua notamment par la publication en 1781 du traité intitulé Éléments de la science du navigateur (notice BnF). Etien le considère non sans une pointe de fierté familiale comme le possible trait d’union entre les encyclopédistes des Lumières en France, et les encyclopédistes chrétiens basques dits Los caballeritos de Azpeitia à la même époque.
Après ses premiers pas à l’école communale d’Hélette, où des instituteurs qu’il célèbrera longtemps après lui donnent le goût de l’étude, il poursuivra sa formation à l’abbaye de Belloc, qui hébergeait le célèbre séminaire de Larressore après la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Il choisit la prêtrise et, après avoir fréquenté le grand séminaire à Bayonne, est ordonné prêtre en 1929.
Ce n’est pas la voie pastorale que choisit Etien Salaberri, mais celle des études et de l’enseignement. On lui propose d’approfondir la théologie à Rome, il préfère la philosophie, et il passera sa licence à l’Institut Catholique de Toulouse. Il sera donc professeur, comme beaucoup d’autres prêtres à l’époque, dans les nombreux établissements catholiques qui forment la jeunesse de ce pays.

  • Voir le texte en français

    De Girardin familia ekarria zen Heletako eta Donamartiriko ontasunen saltzerat. Eta ene aitatxi erosterat. Biligarro ona, aitatxi, eta euskaraz diogun bezala, debruz egina. Parisetik etorri oineko mehe, soineko hertsi, xapel luxe gazte xotila, ibil-arazten du mendiz-mendi, non makoarekin Gaasarriko oteak eho eta handik bidea idek: izertua, ezindua, izitua, zaurtua, delako hiritar feiriesak derasa: “hau ez da jende-leku, bainan otso-zilo”.
    Hasian hasi, aitatxik erosiko ditu Garreta-Gaztelua, Etxeberria, Garakoetxea; Idogoin bere ahideak, Garreta-Jauregia eta Haruxtegia. Donamartiri jauregiaren itzuliko ontasunak salgei ezarriak ditu de Girardin familiak. Euskal-Herriko lur guziez nahi dute saka-saka buluzi… Egiten da ahal dena eta ez nahi dena. Dituen mozkinak xahutuak ukaitea gatik, aitatxik lehiarazten du erosterat, de Mun apeza, haren ontasunen baitzen bidatzale Heletan. Badoatzi Ritou Hazparneko notarioa ikusi beharrez. Duda-mudan zagon de Mun apeza. Ritou-ren idazleak aitortu daut nola ziren harritu aditzearekin aitatxi, Heletako laboraria, edo orduan erraiten zen bezala, Heletako zizari pikatzalea, hasten erdi eskarnioka Pariseko apez, de Mun, deputatu mintzazale aipatuaren anaiari: “Monsieur l’abbé, à Paris, on fait hum-hum. Au pays basque, on dit oui ou non. Et là, vous devez dire oui. [Jaun apeza, Parisen “hum-hum” erraten da. Euskal Herrian, bai ala ez. Eta hor, bai erran behar duzu]." Ba ihardesten du apezak […].

  • Euskarazko testua ikusi

    La famille de Girardin souhaitait vendre les biens qu’elle possédait à Hélette et à Saint-Martin d’Arbéroue. Et mon grand-père souhaitait les acheter. Un sacré loustic, mon grand-père, et comme on dit en basque, debruz egina (prêt à tout, téméraire). Le propriétaire, jeune homme délicat, arrive de Paris, avec ses chaussures fines, ses vêtements étroits, son long chapeau, et mon grand-père lui fait courir la montagne, battant les genêts avec sa fourche pour ouvrir un passage. Trempé de sueur, épuisé, effrayé, écorché, le frêle citadin déclare : “ce n’est pas un lieu pour les gens ici, c’est un trou à loups.”
    Une fois lancé, mon grand-père achète les propriétés Garreta-Gaztelua, Etxeberria, Garakoetxea; son parent Idogoin achète Garreta-Jauregia et Haruxtegia.
    [Plus tard] la famille Girardin met en vente les terres autour du chateau de Saint-Martin d’Arbéroue. Elle veut se défaire rapidement de toutes ses possessions au Pays basque…On fait ce qu’on peut, pas toujours ce qu’on veut. Mon grand-père veut convaincre l’abbé de Mun, administrateur de ces propriétés à Hélette, de vendre. Ils vont à Hasparren pour rencontrer le notaire, Ritou. M. de Mun tergiverse. Le secrétaire du notaire m’a raconté comment tout le monde était resté stupéfait lorsque mon grand-père, paysan d’Hélette, zizari pikatzalea [coupeur de vers de terre] comme on disait alors, avait dit, en le singeant quelque peu, à l’abbé de Mun le frère du brillant orateur et député : “Monsieur l’abbé, à Paris, on fait hum-hum. Au pays basque, on dit oui ou non. Et là, vous devez dire oui.”. Le prêtre accepta […].

Sources :
Étienne Salaberri (1903-1981). Piarres Ainziart. Bidegileak bilduma. Eusko Jaurlaritzaren argitalpen zerbitzu nagusia. 2003.
Ene sinestea. Iragan biziari gibeletik beha. Étienne Salaberry. E. Itxaropena, 1978.

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