Haimbertzenarekin, oihu-garrasia bat entzuten dute urrunera, eta handik ixtanteko, Inhurriako ximinearen ondoan, _ez gorago — airean hartua eta eremana iragaiten da neskatxa dohakabe gaixoa. Eta han iragaitean, ezkaratzera aurtikitzen du haitzurrotxa erranez : « Horra zuen haitzurrotxa ! Nere diru gosearen gatik, ni, orai,
izpiritu gaixtoak hartua naiz eta airean eremana.... »
 (…)

 

 

Jean Barbier (1875-1931), est un auteur connu de langue basque. Son oeuvre fut grande comme collecteur de la mémoire orale : pendant des années il consigna les chants anciens, contes, proverbes, mais aussi les modes de vie et les coutumes de ses concitoyens. Une de ses publications les plus connues est le recueil « Légendes du Pays basques », écrit en français.
Mais il avait commencé dès 1921 à raconter dans la toute jeune revue « Gure Herria », les histoires qu’il recueillait. L’une d’entre elles est « Xaindia ».

 



 

Xaindia

  Xaindia

Arrats batez, orai duela aspaldi, Bithiriña Inhurrian ari ziren arto xuritzen.
Bat batean, ohartzen da mutila bere haitzurrotxa landan ahantzi duela ; eta tresna haren beharretan ere delakotz artoen errekatzeko, oihu egiten du «hamar sos eman lezozkela, gogotik, haitzurrotxaren ekartzaileari».
Etxeko sehiak, — neskatxa gazte gazte batek — diruaren gatik, erraiten dio berehala: «joanen dela hura bila », eta badoa.
Neskatxa kanporat orduko, bere hamar sosekoaren doluz, urrikitzen zaio mutilari, eta bere kexuan, sakreka hasirik, erraiten du: «Debruak ereman baleza bederen».
Haimbertzenarekin, oihu-garrasia bat entzuten dute urrunera, eta handik ixtanteko, Inhurriako ximinearen ondoan, — ez gorago — airean hartua eta eremana iragaiten da neskatxa dohakabe gaixoa. Eta han iragaitean, ezkaratzera aurtikitzen du haitzurrotxa erranez: «Horra zuen haitzurrotxa! Nere diru gosearen gatik, ni, orai, izpiritu gaixtoak hartua naiz eta airean eremana....»
Inhurriko jende guziak, eta heiekin auzoak oro eman ziren, oihuka, haur gaixoaren segi. Hatsantuak, joan ziren hola Larzabaleraino, eta han gelditu, leher eginak oro.
Bainan Larzabalen, Larzabaldarrak eman ziren, beren aldian, haur gaztea segitu beharrez.
Eta haurra bazoan beti aitzina, beti airean eremana, eta hola heldu izan zen Mendibetik haratago, Salbatoreko parrera. Eliza sainduari oharturik, oihuz eman zen: «Jon Doni Salbatore, urrikal zakizkit, otoi!». Eta hitz horiek erran orduko, lurrera jautsi zen eztiki eztiki, izpiritu gaixtotik libratua.

 

Un soir, il y a maintenant bien longtemps, dans la maison Inhurria de Beyrie, on était en train de dépouiller le maïs.
Tout-à-coup, le domestique s’aperçoit que, dans les champs, il a oublié sa pioche à deux-dents ; et, ayant aussi bien besoin de cet instrument pour diviser le maïs, il dit tout haut : «qu’il donnerait volontiers dix sous à celui qui rapporterait la pioche».
La domestique de la maison — une toute jeune fille — par amour de l’argent, lui dit sur le champ : «qu’elle ira, elle, la chercher», et elle s’en va.
La jeune enfant est à peine dehors que, regrettant ses dix sous, le domestique vient à se repentir, et dans sa mauvaise humeur, ayant commencé à jurer, il dit : «Si du moins le diable pouvait l'emporter !».
Et, sur le même moment, on entend au loin un cri déchirant, et presque aussitôt, tout près de la cheminée d’Inhurria, — pas plus haut — prise et emportée dans les airs, passe la pauvre malheureuse jeune fille. Et là, en passant, elle jette la pioche dans le vestibule, en disant : «Voilà votre pioche! Quant à moi, à cause de ma cupidité, je suis prise et emportée dans les airs par l’esprit mauvais...»
Les gens d’Inhurria et tous leurs voisins s’étaient mis, en criant, à la poursuite de la pauvre enfant. Essouflés, ils s’en furent ainsi jusqu’à Larceveau, et s’y arrêtèrent, n’en pouvant plus.
Mais, à Larceveau, les habitants de cette localité, se mirent à leur tour en devoir de suivre la jeune fille.
Et l’enfant s’en allait toujours en avant, toujours emportée dans les airs, et elle parvint ainsi, au-delà de Mendive, vis-à-vis de St-Sauveur. Ayant reconnu la sainte chapelle, elle se mit à crier : «St-Sauveur, de grâce, ayez pitié de moi !». Et, à peine avait-elle achevé ces mots, qu’elle descendit à terre, tout doucement, délivrée du mauvais esprit...

Ixtorio mixterio, Jean Barbier. Gure Herria, 1921

 

Ixtorio mixterio, Jean Barbier. Gure Herria, 1921 (Traduction en français par Jean Barbier)

 

Jean Barbier relate ici une légende, qui rappelle d’autres histoires d’enfants ou de jeunes filles emportés dans la nuit. Cependant cette histoire a laissé des traces matérielles puisque auprès de la chapelle Saint-Sauveur d’Iraty, où la jeune fille atterrit, un petit oratoire qui existe encore aujourd’hui abritait une petite statue en bois représentant « Xaindia », une jeune fille tenant à la main une houe à deux dents1.

             La statuette Xaindia                                                                                           La chapelle Saint-Sauveur D'Iraty

© A. Duny-Petré

Jean Michel Etchecolonea, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Plus étonnant encore, Jean Barbier rapporte un élément qui pourrait découler de la croyance populaire entourant la légende. En effet, il indique qu’il est de tradition que chaque année, lors du pèlerinage à la chapelle Saint-Sauveur, une petite délégation d’habitants de Beyrie figure, qui apporte les cierges destinés à brûler pendant la cérémonie. Bien plus, il rapporte la coutume selon laquelle chaque année une collecte s’effectue auprès des paroissiens de Beyrie, pour être versée au chapelain « pour les frais de S. Sauveur et de Chaindia », coutume qui perdurait au début du XIXe siècle selon Jean Curutchet.

Voici deux-trois ans, nous allâmes à Saint-Sauveur le jour du pèlerinage, et il n’y avait pas là-bas l’ombre de Xaindia.  On nous expliqua que pour le pèlerinage il fallait transporter nombre d’affaires depuis Mendive, et qu’il n’y avait pas de place dans les voitures pour « Xaindia ». Sans doute est-ce dans l’Eglise qu’il n’y a pas de place pour cette dévotion populaire, et qu’une religion moderne épurée ne peut tolérer un saint aux allures trop « paganoïdes ».
Autrefois, Xaindia demeurait dans la chapelle Saint-Sauveur, et le jour du pèlerinage, elle était transportée dans sa maisonnette, pour qu’on puisse la prier, et même y déposer des fleurs ou des pièces de monnaie. Mais dès lors que la statuette de Saint-Michel qui lui faisait face fut volée, elle fut emmenée à Mendive.
J’ai entendu raconter à l’abbé Erdozaintzi en 1997 que, 13 ans auparavant, à la Pentecôte, sous une pluie battante, deux jeunes filles basques (d’Hegoalde selon le témoignage des bergers locaux) qui demandèrent la clé, entrèrent dans l’église [de Mendive], et ensuite l’une d’entre elles en ressortit avec un carton sur la tête. On sait que c’est alors que le saint fut dérobé, puisque ce matin même un gendarme était passé par-là pour la montrer à sa mère, donc la figurine était bien présente.
Depuis Xaindia demeurait à Mendive, sauf le jour du pèlerinage, où elle était emmenée à Saint-Sauveur. Mais ce n’est plus le cas semble-t-il. L’oratoire était fermé et morne ce jour de pèlerinage. Souhaitons que ce ne fût qu’une triste journée cette année-là. Mais la tristesse nous accabla également, et nous n’eûmes pas le courage de retourner à Saint-Sauveur les années suivantes, pour constater que Xaindia était bien de retour.

Témoignage contemporain anonyme (mai 2021).

                                                                                                                 

Jour des bergers. Au-dessus à droite on voit l’oratoire de Xaindia

L’abbé Erdozaintzi, curé de Mendive, tenant la statuette “Xaindia”

© Anuntxi Arana, 1985.

© Olivier de Marliave, Trésor de la Mythologie pyrénéenne. Ed. Sud Ouest, 1996.

 

Bibliographie

  • Xaindia, Jean Barbier, Gure Herria 1921 n°7, pp 426-429.
  • La chapelle de Saint-Sauveur d’Iraty, Jean Curutchet. Jakintza aldizkaria, Mendive, 32, 2005ko agorrila
  • Euskal mitologiaz: jentilak eta kristauak, Anuntxi Arana Murillo. Elkar, 2008.
  • Jean Barbier, 1875-1931, Henri Duhau. Bidegileak, 2009
  • Ipar Euskal Herriko legenda eta ipuinak, Jean-François Cerquand. Gatuzain, 2017 (Traduction en basque de l’édition en français initiale de 1875).
  • Chapelle Saint-Sauveur d’Iraty, Wikipedia.

Notes

1. A ce jour, la statuette est conservée dans l'église de Mendive.

Recherche

Rechercher un document

Rechercher un article

Tous les textes choisis

Textes choisis