Quelques heures plus tard, à la pointe incertaine de l’aube, à l’instant où s’éveillent les bergers et les pêcheurs.

Ils s’en revenaient joyeusement, les contrebandiers, leur entreprise terminée.

Partis à pied, avec des précautions infinies de silence, par des ravins, par des bois, par de dangereux gués de rivière, ils s’en revenaient comme des gens n’ayant jamais rien eu à cacher à personne, en traversant la Bidassoa, au matin pur, dans une barque de Fontarabie louée sous la barbe des douaniers d’Espagne.

 

Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti (1850-1923) était officier de marine, et par là, grand voyageur. Il était également romancier, doué pour retranscrire l’exotisme des terres qu’il avait parcourues, qu’elles soient lointaines comme Tahiti (Le mariage de Loti, 1882), le Sénégal (Le roman d’un spahi, 1881), ou le Japon (Madame Chrysanthème, 1887), ou plus proches comme la Bretagne (Pêcheur d’Islande, 1886) ou le Pays basque (Ramuntcho, 1897).

Reçu académicien en 1892, il poursuivra sa carrière militaire dans la marine jusqu’en 1910, et reprendra même du service (dans l’armée de terre) de 1914 à 1918.

Ramuntcho est l’un de ses plus grands succès. Réédité plus d’une vingtaine de fois, il sera également adapté au théâtre (par Pierre Loti lui-même) et au cinéma à trois reprises : dans un Pays basque bucolique et idéalisé, Ramuntcho, jeune paysan, joueur de pelote (et un peu contrebandier) est amoureux de Gracieuse, mais leur amour est, hélas, impossible…

 

Ramuntcho   Ramuntcho

Quelques heures plus tard, à la pointe incertaine de l’aube, à l’instant où s’éveillent les bergers et les pêcheurs.

 

Zenbait oren berantago, goizalde dudazkoaren puntan, artzain eta arrantzaleak iratzartzen diren unean.

Ils s’en revenaient joyeusement, les contrebandiers, leur entreprise terminée.

 

Gibelera jiten ziren, alegera, kontrabandistak, beren lana bukaturik.

Partis à pied, avec des précautions infinies de silence, par des ravins, par des bois, par de dangereux gués de rivière, ils s’en revenaient comme des gens n’ayant jamais rien eu à cacher à personne, en traversant la Bidassoa, au matin pur, dans une barque de Fontarabie louée sous la barbe des douaniers d’Espagne.   Oinez abiatuak, isiltasun prekauzio mugagabeekin, erreketarik, basoetatik, ibai hegi arriskutsuetarik, gibelera jiten ziren inoiz deus gordetzekorik izan ez duen jendea bezala, Bidasoa zeharkatuz, goiz garbian, Espainiako mugazainen sudur aitzinean alokatutako Hondarribiko txalupa batean.
Tout l’amas de montagnes et de nuages, tout le sombre chaos de la précédente nuit s’était démêlé presque subitement, comme au coup d’une baguette magicienne. Les Pyrénées, rendues leurs proportions réelles, n’étaient plus que de moyennes montagnes, aux replis baignés d’une ombre encore nocturne mais aux crêtes nettement coupées dans un ciel qui déjà s’éclaircissait. L’air s’était fait tiède, suave, exquis à respirer, comme si tout à coup on eût changé de climat ou de saison, – et c’était le vent de Sud qui commençait à souffler, le délicieux vent de Sud spécial au pays basque, qui chasse devant lui le froid, les nuages et les brumes, qui avive les nuances de toutes choses, bleuit le ciel, prolonge à l’infini les horizons, donne, même en plein hiver, des illusions d’été.   Mendi eta laino meta guzia, aitzineko gauerako nahasmendu ilun guzia askatu zen kasik bat-batean, mago ziri kolpe bati esker bezala. Pirinioak, beren egiazko neurrietara itzuliak, mendi ertaina batzuk baizik ez ziren, oraindik gauekoak ziren itzal batzuez betetako pleguekin, baina jadanik argitzen hasia zen zeruan garbiki ageri ziren gailurrekin. Airea epel egin zen, leun, arnasteko biziki fina, bat-batean klimaz edo sasoiz aldatu bagina bezala, - eta hego haizea zen ufatzen hasten ari zena, Euskal herriari berezia zaion hego haize goxoa, hotza, lainoak eta lanbroak kasatzen dituenak, edozeinen ñabardura iratzartzen duenak, zerua urdintzen duenak, zerumuga infinitura luzatzen dituenak, uda lilurak, negu minean ere, ematen dituenak.
Le batelier qui ramenait en France les contrebandiers poussait du fond avec sa perche longue, et la barque se traînait, à demi échouée. En ce moment, cette Bidassoa, par qui les deux pays sont séparés, semblait tarie, et son lit vide, d’une excessive largeur, avait l’étendue plate d’un petit désert.   Kontrabandistak Frantziara eramaten zituen batelariak hondoa haga handi batekin bultzatzen zuen, eta txalupa herrestan ibilki zen, erdi enkailatua. Une horretan, Bidasoa hori, bi herri zatitzen dituen horrek, agortua zirudien, eta bere ohea hutsa, gehiegizko zabalera batekoa, basamortu ttipi baten hedadura ordoki batetakoa.

La Maison de Pierre Loti sur la Bidassoa à Hendaye, Eugène Delâtre, vers 1880

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