Comment, se demandera-t-on ici, comment se fait-il que Biarritz, dont la situation élevée est si riche en perspectives et à qui la nature a fait don des plages les plus vastes et les plus sablonneuses, des anses les plus sûres et les mieux abritées, ait été ignoré si longtemps de la foule incalculable des impotents et des touristes, qui cherchaient en des lieux bien moins favorisés ou un remède à leurs maux ou quelque nouveau point de vue pour leur crayon ou pour leurs yeux !

 

Signé « par un habitué des bains de mer de Biarritz », cet ouvrage a été écrit par Isidore Lagarde. Né en 1826 à Bayonne, Isidore Lagarde est ordonné prêtre en juin 1851. Nommé vicaire à Anglet, il démissionne très rapidement pour des raisons de santé. En 1854, il devient aumônier du collège Saint-Léon. En parallèle à son activité ecclésiale, il écrit différents textes qui sont publiés dans le Courrier de Bayonne : poèmes, réflexions personnelles…  Mais sa santé continue à décliner et il meurt prématurément en juin 1860.

Une saison d’été à Biarritz constitue un des premiers guides de voyage consacré à la côte basque écrit par une personnalité locale. Durant la première moitié du XIXe siècle, des écrivains voyageurs ont donné le ton : Stendhal, Flaubert, Hugo narrent leurs passages au Pays basque et proposent des descriptions souvent élogieuses des villes et villages qu’ils traversent. En 1852, Charles Hennebutte, éditeur à Bayonne, publie l’Album des deux frontières, illustré par les sœurs Hélène Feillet et Blanche Feillet-Hennebutte. Proposant une « description de Bayonne et de Saint-Sébastien » et des lieux alentours, l’ouvrage donne des éléments historiques et géographiques susceptibles d’intéresser les voyageurs.

Essentiellement consacré à Biarritz, le texte d’Isidore Lagarde mêle lui aussi rappels historiques et observations contemporaines de la vie estivale à Biarritz, mais dans un style plus personnel. Témoin direct des changements de la ville au XIXe siècle, il entend « faciliter au visiteur de nos plages le moyen de faire avec Biarritz prompte et bonne connaissance » et souhaite que son livre soit « agréable » et « utile », « car la distraction est le meilleur auxiliaire de la santé ».



Biarritz il y a trente ans
  Biarritz duela hogeita hamar urte
Il y a une trentaine d'années à peine, Biarritz, complètement déchu de sa prospérité passée, était le gîte obscur de quelques pauvres familles de pêcheurs, une modeste bourgade isolée en quelque sorte du reste de l'univers par sa ceinture de rochers et de sables. Tandis que les hommes s'efforçaient de subvenir aux besoins de leurs familles au moyen des produits toujours incertains et ordinairement peu lucratifs de la petite pêche, les femmes, dans l'intérieur de leurs demeures, tâchaient de leur côté de grossir le modeste pécule en filant assidûment le lin que leur confiaient les gens aisés du lieu ou du voisinage. Biarritz, durant l'hiver, était triste et sans vie ; on eût pu le comparer à un rocher immense et solitaire habité par quelques oiseaux marins et battu par la tempête.   Duela hogeita hamar bat urte soilik, Biarritz, bere iragan joritasuna osoki galdurik , arrantzale famili pobre bakar batzuen aterpe iluna baizik ez zen, herrixka xume bat molde batez unibertsotik moztua bere arroka eta hareazko gerrikoagatik. Gizonak beren familien beharren estaltzen saiatzen zirelarik, arrantzatik aterako beti dudazko eta maiz etekin gutiko irabazien bidez, emazteak, bere etxe barnetan, irabazi xume hori handitzen saiatzen ziren, bertako edo auzoko dirudunek emandako lihoa jarraituki  irunduz. Biarritz, neguan, goibel eta bizirik gabekoa zen; gaitzeko arroka bakarti bati konpara genezake, itsas txori bakar batzuen bizileku eta ekaitzak zanpatua.
Et si, dans les beaux jours de l'été, les flots adoucis venaient caresser mollement le sable de ses rivages, si les rayons brillants d'un soleil d'Italie se jouaient avec bonheur sur la crête de ses falaises, seule, avec quelques privilégiés de la ville voisine, la population indigène jouissait de ces faveurs d'un ciel clément ; seule elle aspirait cette atmosphère pure, seule elle se plongeait dans ces ondes salutaires, toutes choses précieuses qui donnent aux habitants de ce fortuné climat une santé formidable et une vieillesse illimitée.   Eta, udako egun ederretan, uhin eztituek ertzeko harea emeki ferekatzen bazuten, Italiako eguzki baten izpi dirdiratsuak erlaitzen gainetan jostatzen baziren, bertako biztanleek, eta auzo herriko pribilegiatu batzuk, haiek bakarrik, zeru ezti hartaz gozatzen ziren; haiek bakarrik aire garbi hori arnasten zuten, uhin salbagarri horietan murgiltzen ziren, zorionezko klima hartako biztanleei  osagarri ikaragarri bat eta mugagabeko zahartasun bat eskaintzen dieten elementu baliosak oro. 
Comment, se demandera-t-on ici, comment se fait-il que Biarritz, dont la situation élevée est si riche en perspectives et à qui la nature a fait don des plages les plus vastes et les plus sablonneuses, des anses les plus sûres et les mieux abritées, ait été ignoré si longtemps de la foule incalculable des impotents et des touristes, qui cherchaient en des lieux bien moins favorisés ou un remède à leurs maux ou quelque nouveau point de vue pour leur crayon ou pour leurs yeux ! Comment ? si ce n'est parce que Biarritz s’était profondément endormi au murmure de ses Îlots, sans soupçonner le moins du monde assurément  les richesses qu'un avenir prochain allait lui apporter, sans appeler par conséquent de ses vœux ni hâter de ses efforts le moment d'une résurrection, dont ses plus beaux rêves ne lui parlaient pas encore.   Nolaz – galda genezake hemen – Nolaz Biarritz, ikuspegiz hain aberatsa dagoen egoera altua duena eta zeini naturak hondartza zabalen eta hareatsuenak eskaini dizkion, itsasadar seguruenak eta gerizatuenak, hain luzaz ezezaguna egon den enbalditu eta turista jendalde kontaezinengandik, anitzez gutxiago lagundutako lekuetan xerkatzen zutelarik edo beren gaitzaren sendabide bat edo  ikuspuntu berri batzuk beren begi edo arkatzentzat! Nolaz? Ez bada Biarritz sakonki lokartua zelako, bere uhartetxoen murmuriken artean, susmatu gabe ere etorkizun hurbil batek ekarriko zion aberastasuna, eta beraz desiratu gabe, eta bere amets ederrenek oraindik aipatzen ez zien pizkunde baten mementoa hurbil arazteko indarrik egin gabe.
Ce n’était pas chose qui faisait grand tapage alors, qu'une saison d'été à Biarritz.   Biarritzeko udako sasoia baten ez zuen, beraz, zalaparta handirik egiten.
Vers le mois de juillet de chaque année, vous auriez vu de temps à autre de petites caravanes traverser le désert (je dirai tout à l'heure un mot du désert et des caravanes) et se diriger vers l’humble bourgade. C'étaient quelques familles de bons bourgeois bayonnais qui, après s'être décidés, non sans peine je vous assure, à quitter pour douze ou quinze jours leurs pénates chéris et en avoir confié la garde, avec toute sorte de sollicitude, à la vieille et brave cuisinière de la maison, s'en allaient demander au tranquille village repos, distractions ou santé.   Urtero, uztail erditsutan, noiztenka ikus zenezake basamortua zeharkatzen duen karabana bat (berantago aipatuko ditut basamortua eta karabanak), herrixka xumeari buruz abian. Baionako burges onetako familia bat zitekeen, erabaki eta, ez nekerik gabe erraten ahal dizute, hamabi edo hamabost eguneko bere etxe maitea uztea eta haren zaintza, edozein motako artekin, sukaldari zahar eta bihoztunari uztea, bazoazena herrixka lasaiera, atseden, aisialdi edo osasuna.
Chacune de ces familles avait à Biarritz sa maison attitrée, ses bonnes vieilles connaissances du lieu qui, pour un prix modique, mettaient à sa disposition quelques chambrettes d'une configuration un peu antique, c'est vrai, mais dans lesquelles on retrouvait toujours un parfum de linge blanc et de parquet bien ciré qui constituait le luxe de l'époque et qui nous suffisait alors. Dès que le mois de juin ramenait un plus beau soleil et annonçait l'arrivée prochaine des visites tant attendues, vous eussiez vu se mettre en grand mouvement les ménagères de ces demeures privilégiées.   Familia bakoitzak bere etxea bazuen Biarritzen, bere aspaldiko ezagutza onak, prezio onargarri batentzat, itxura pixka bat antzinako ganbaratxo bat bere esku uzten ziona, ganbara horietan, egia da, beti aurkitzen zelarik linja zuria eta ongi ezkoztatutako zura zoladuraren usaina, garaian nahikoa izaten zitzaigun luxua. Ekaineko hilabeteak eguzki beroago bat eta hain igurikatutako bisitak iragartzen zituelarik, ikus zintuzkeen egoitza pribilegiatu horietako etxe-andereak mugimendu handitan jartzen.
Les bras du logis ne suffisaient plus aux lessives générales, les parquets un peu vieux gémissaient sous les efforts du frottoir. Les murs intérieurs, fraîchement blanchis à la chaux, recevaient les éclatantes enluminures qui venaient d'être soigneusement retirées du lourd bahut ; et les petites images, les vases grossiers de terre blanche bariolés de gros bleu, s'étalaient avec orgueil sur le chambranle de la vaste cheminée. Au fond de l'alcôve où régnait un lit d'une carrure inconnue de nos jours, les immenses rideaux coloriés à grands sujets historiques ne tardaient pas à s'élever fièrement au-dessus de la couche trois fois séculaire. Bref, à l'heure dite, tout était prêt ; et quand vous arriviez, vous trouviez sur le seuil la bonne et vieille Mariannotte (vos ménagères s'appelaient souvent Mariannotte) qui vous accueillait à bras ouverts, avec un sourire de bonheur sur les lèvres et aussi une petite larme d'émotion dans l'œil.   Etxetiarren besoak ez ziren aski xuriketa orokorrentzat, zurezko zoladura zaharrak zinkurinka ari ziren eskuilen indarpean. Barneko murruek, berriki gisuz zurituek, manka handitik artoski bilduak ziren edertzapen dirdiratsuak berreskuratzen zituzten; eta irudi txiki, urdin lodiz nabartutako buztin zirizko ontzi traketsak urguilutsuki zabaltzen ziren tximinia zabalaren gainean. Gaur egun ezezagunak zaizkigun neurrietako ohatze bat edukitzen zuen ohetegi zokoan, gai historikoz marraztutako baztergabeko erridauak hiru mende zituen ohe baten gainetik altxatzen ziren. Hots,  erran orduko, dena prest zegoen; eta iristen zinelarik, alartzeko Marianotte xahar eta goxoa aurkitzen zenuen ( zuen etxeko andereak maiz Marianotte deitzen ziren), besoak zabalik errezebitzen zintuena, zorionezko irrinño bat ezpainetan, baita emozio malko batekin begian.

Une saison d’été à Biarritz. Biarritz autrefois – Biarritz aujourd’hui… par un habitué des bains de mer de Biarritz, 1859

  Une saison d’été à Biarritz. Biarritz autrefois – Biarritz aujourd’hui… par un habitué des bains de mer de Biarritz, 1859 

 

[Vieux Biarritz] ca 1850, par Hélène Feillet. Collection de la Médiathèque de Bayonne

Bibliographie

  • Une saison d’été à Biarritz, Isidore Lagarde, 1859, Imp. Lamaignère, édition origininale disponible:
  • Une saison d’été à Biarritz : 1859, Isidore Lagarde, Fac-similé publié en 1992 avec une introduction de Jean Casenave, Ed. Lavielle
  • Une saison d’été à Biarritz, Isidore Lagarde, version recomposée et augmentée de 57 illustrations, 2014, Ed. La France pittoresque

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