« Hitz batez, Eskualduna makilak beztitzen »(1)

Hura dute ezpata, hura bere harma
Guciz gora maitea, salbaluz arima;
Hura dute bidean lekhaio bezala;
Gauaz diote zaintzen cizailu* guibela;
Zakhurra beguiratzen, asiki menetic;
Atheralzen zangoa erreken artetic;
Maïpolis zarpetan urre badabila,
Iduri du makhilac haren garda dela ;
Biaïan du arropa dilindan ibiltzen.

 

Le makhila (ou makila) est un bâton de marche en néflier, doublé d’une pointe en acier que l’on retrouve dans la culture et la tradition basques depuis des siècles.

En 1853, quand le prêtre, poète et grammairien basque Jean Martin Hiribarren (1810-1866) publie Eskaldunac, un poème de 5500 vers visant à décrire toute l’histoire du Pays basque, il prend le temps, en une trentaine de vers, de décrire cet objet, son usage, sa valeur et sa fabrication.

Ces vers nous ont aimablement été signalés par l’atelier du Makhila Ainciart Bergara.

Le makhila   Makila
Herriz kanpoco yendec badute makhila ;
Hargatic herritarra ihes ez dohala :
Ez du nihor makhilac, eskal-herrietan,
Behinere icitzen, unguico bidetan,
Eta gaizki dohanac hain on du ikusi
Makhila, nola bertze haltzairu itsusi.
lbiltzen dire canac, baieta puñalac;
 

Les étrangers ont (aussi) (leur) le bâton.
Que le natif local ne fuit pas pour autant :
le makhila, de par les Pays Basques,
n’a jamais effrayé celui qui va par le chemin du bien,
et tel qui va par le chemin du mal,
la vue du makhila lui fera l’effet d’autres méchants aciers:
la canne-épée se pratique, comme aussi le poignard.

Cer du hain icigarri Eskaldun makhilac ?   Qu’a donc de si terrible le makhila du Basque ?
Hura dute ezpata, hura bere harma
Guciz gora maitea, salbatuz arima;
Hura dute bidean lekhaio bezala;
Gauaz diote zaintzen cizailu guibela;
Zakhurra beguiratzen, asiki menetic;
Atheratzen zangoa erreken artetic;
Maïpolis zarpetan urre badabila,
Iduri du makhilac haren garda dela ;
Biaïan du arropa dilindan ibiltzen,
  C’est que c’est là son arme, et c’est là son épée,
estimé par-dessus tout, qui enhardit son âme
et qui, tout seul, l’assiste sur les chemins,
préservant ses arrières la nuit,
empêchant les morsures des chiens;
qui guide son pied au travers des ravines;
préserve les valeurs dans ses poches de veste,
comme si ce makhila était leur protecteur;
et allant portera suspendus ses habits, à l’épaule.
Hitz batez, Eskalduna makhilac beztitzen :
Nola dire huzartac, zamari gainean,
Airosago aguertzen, ecen ez lurrean,
Hala Eskaldun semei, makhila eskuan,
Ez iduritzen beldur nihoren munduan.
  En un mot, le makhila valorise le Basque,
et comme les hussards portés par leurs chevaux,
beaucoup plus impérieux que s’ils marchaient à terre,
ainsi les fils de Basque, makhila à la main,
n’ont-ils peur de personne en parcourant le monde.
Ezda hekin makhila herrestan ardura,
Eguiten duelacotz beso aphaindura :
Mizpiraz eguina da, baratzeco haurra,
Erdiraino crochkekin, lerdena beharra,
Aphaintzeco azala, khendua labean ;
Kisuan gorritua, soto bazterrean;
Bortz erri trebesetan, larrua gainetic;
Bi erri trebes kobre horitan azpitic.
  Leur makhila à eux n’est pas souvent oisif
comme lorsqu’il ne sert que d’ornement au bras ;
enfant de la nature, il est bois de néflier
qui doit être bien droit; marqué jusqu’à moitié  
d’incisures à l’écorce, pelées au four,
rougi à la chaux-vive en un recoin du chaix ;
a cinq travers de doigts garnis de cuir en haut
et deux autres travers de cuivre jaune en bas.
Extrait de Eskaldunac : Iberia, Cantabria, Eskal-Herriac, Eskal-Herri Bakhotcha eta Hari Darraicona, Jean-Martin Hiribarren, 1853   Traduction: Joxet Lahetjuzan (2016/10/19)

Jean Ainciart et sa fille fabriquant un makila [1930] – collections du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne

Bibliographie

(1) En un mot, le makhila habille le basque

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