"(…) De bonnes âmes savaient faire parvenir au presbytère d’Hasparren, au point d’inquiéter nos parents, tous les renseignements concernant les brebis égarées : j’avais 16 ans et je venais de prendre la soutane lorsqu’on fit savoir à mes parents que certainement je devrais quitter le séminaire à cause de mes idées subversives.

Je ne crois pas avoir jamais rejeté depuis lors ces idées subversives auxquelles l’abbé Lafitte m’aurait initié, bien au contraire. Cependant mon supérieur, le chanoine Garat, ne me parla jamais de cet incident. J’ai appris cependant à cette occasion combien injustement certains chrétiens sont prêts à voir partout des signes de sorcellerie. (…)"

 

Argazkia : eke.eus

Pierre Charritton ou Piarres Xarriton (1921-2017) était un écrivain et académicien basque. Prêtre de 1947 à 1976, enseignant, historien, fondateur du collège technique d’Hasparren, il a participé à de nombreux projets collectifs. Privilégiant une vision basque et humaniste, Charritton a toute sa vie analysé les mutations politiques de son pays.

En 2013, Euskaltzaindia publie Le fondement moral des droits culturels de l´homme, le recueil de plusieurs travaux de Pierre Charritton sur la théologie. En guise d’avant-propos, l’auteur y glisse son autobiographie dont est issu l’extrait suivant. Une anecdote qui souligne ce que sera sa vie : une formation classique, des idées progressistes, des rencontres avec de grands hommes et les tiraillements d’un homme en avance sur son temps.

Avant-propos   Aitzin solas
(…) Quoi qu’il en soit, c’est avec bonheur que j’arrivai au Petit Séminaire d’Ustaritz au moment d’accomplir mes 14 ans, en octobre 1935. Il me semble que je dois beaucoup à tous les professeurs que j’y ai rencontrés. Je devrais remercier particulièrement le supérieur, l’abbé Joseph Garat, de la maison Lorda à Hasparren et l’abbé Pierre Lafitte qui fut mon directeur de conscience et mon maître à penser.  

(…) Dena den, zorionez iritsi nintzen Uztaritzeko Seminario txikian, 14 urte ospatzerakotan, 1935eko urrian. Han aurkitu nituen irakasleei anitz zor diedala iruditzen zait. Eskertu beharko nuke bereziki gainekoa, Joseph Garat abadea, Hazparneko Lorda etxekoa eta Piarres Lafitte Abadea nire kontzientzia zuzendaria eta gogoeta maisua izan dena.

En évoquant le souvenir de Pierre Lafitte, je dois cependant ajouter qu’à cette époque où la guerre civile faisait rage au-delà de la frontière et dont les échos parvenaient jusqu’à nous, le fait d’avoir lu les articles ou les livres de Jacques Maritain, de François Mauriac, de Georges Bernanos, d’Emmanuel Mounier ou de Iñaki de Azpiazu, connus grâce à l’abbé Lafitte, nous rendait suspects aux yeux de beaucoup.  

Piarres Lafitte aipatzerakoan, aldiz, gehitu behar dut mugaz haraindian gerra zibila bortitzenean zelarik eta haren oihartzunak gutara heldu zirelarik, Lafitte abadeari esker ezagutu genituen Jacques Maritan, François Mauriac, Georges Bernanos, Emmanuel Mounier, edo Iñaki de Apiazuaren liburu edo artikuluak irakurtzeagatik, susmagarri agertzen ginela anitzentzat.

De bonnes âmes savaient faire parvenir au presbytère d’Hasparren, au point d’inquiéter nos parents, tous les renseignements concernant les brebis égarées : j’avais 16 ans et je venais de prendre la soutane lorsqu’on fi t savoir à mes parents que certainement je devrais quitter le séminaire à cause de mes idées subversives.   Bihotz oneko jendeak jakin izan zuen Hazparneko apezetxera igortzen, nire burasoak kezkatu arte,  ardi galduei buruzko informazio guzia: 16 urte nituen eta sotana berrikitan hartua, nire burasoak abisatu zituztelarik seminarioa segurki utzi beharko nuela, neramatzan ideia subertsiboengatik.
Je ne crois pas avoir jamais rejeté depuis lors ces idées subversives auxquelles l’abbé Lafitte m’aurait initié, bien au contraire. Cependant mon supérieur, le chanoine Garat, ne me parla jamais de cet incident. J’ai appris cependant à cette occasion combien injustement certains chrétiens sont prêts à voir partout des signes de sorcellerie.(…)   Ez zait iruditzen inoiz ez ditudan geroztik baztertu Lafitte abadeak erakutsitako ideia subertsibo horiek, justu alderantziz. Aldiz, nire gainekoak, Garat kalonjeak, ez dit inoiz gertakari hura aipatu. Ikasi dut aldiz kari horietan, zenbat zuzenkontra kristau batzuk sorginkeriaren markak  edonon ikusteko prest diren. (…)
Extrait de l’Avant-propos du fondement moral des droits culturels de l´homme, Euskaltzaindia, 2013    

 

Rassemblement de l’Académie de la langue basque en 1968. Photo : Euskaltzaindia

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